Bibliographie par années

Les pages ci-dessous se trouvent sur une plateforme associée au sein des archives des Odonates du Monde et détaille notamment les références organisées par année.

Aristote – 1235 – 1323 – 1503 – 1510 – 1558 – 1575 – 1589 – 1590 – 1592 – 1602 – 1630 – 1634 – 1650 – 1659 – 1661 – 1680 – 1685 – 1695 – 1699 – 1700 – 1701 – 1710 – 1723 – 1732 – 1735 – 1738 – 1740 – 1742 – 1744 – 1746 – 1748 – 1749 – 1750 – 1751 – 1754 – 1756 – 1757 – 1758 – 1761 – 1762 – 1763 – 1764 – 1766 – 1767 – 1768 – 1769 – 1770 – 1771 – 1773 – 1775 – 1776 – 1777 – 1778 – 1779 – 1780 – 1781 – 1782 – 1783 – 1785 – 1787 – 1788 – 1789 – 1791 – 1792 – 1793 – 1796 – 1797 – 1798 – 1801 – 1802 – 1804 – 1805 – 1806 – 1807 – 1810 – 1815 – 1817 – 1818 – 1819 – 1820 – 1823 – 1825 – 1826 – 1827 – 1829 – 1830 – 1831 – 1832 – 1833 – 1834 – 1835 – 1836 – 1837 – 1838 – 1839 – 1840 – 1841 – 1842 – 1843 – 1844 – 1845 – 1846 – 1847 – 1848 – 1849 – 1850 – 1851 – 1853 – 1854 – 1855 – 1856 – 1857 – 1858 – 1859 – 1860 – 1861 – 1862 – 1863 – 1864 – 1865 – 1866 – 1867 – 1868 – 1869 – 1870 – 1871 – 1872 – 1873 – 1874 – 1875 – 1876 – 1877 – 1878 – 1879 – 1880 – 1881 – 1882 – 1883 – 1884 – 1885 – 1886 – 1887 – 1888 – 1889 – 1890 – 1891 – 1892 – 1893 – 1894 – 1895 – 1896 – 1897 – 1898 – 1899 – 1900 – 1901 – 1902 – 1903 – 1904 – 1905 – 1906 – 1907 – 1908 – 1909 – 1910 – 1911 – 1912 – 1913 – 1914 – 1915 – 1916 – 1917 – 1918 – 1919 – 1920 – 1921 – 1922 – 1923 – 1924 – 1925 – 1926 – 1927 – 1928 – 1929 – 1930 – 1931 – 1932 – 1933 – 1934 – 1935 – 1936 – 1937 – 1938 – 1939 – 1940 – 1941 – 1942 – 1943 – 1944 – 1945 – 1946 – 1947 – 1948 – 1949 – 1950 – 1951 – 1952 – 1953 – 1954 – 1955 – 1956 – 1957 – 1958 – 1959 – 1960 – 1961 – 1962 – 1963 – 1964 – 1965 – 1966 – 1967 – 1968 – 1969 – 1970 – 1971 – 1972 – 1973 – 1974 – 1975 – 1976 – 1977 – 1978 – 1979 – 1980 – 1981 – 1982 – 1983 – 1984 – 1985 – 1986 – 1987 – 1988 – 1989 – 1990 – 1991 – 1992 – 1993 – 1994 – 1995 – 1996 – 1997 – 1998 – 1999 – 2000 – 2001 – 2002 – 2003 – 2004 – 2005 – 2006 – 2007 – 2008 – 2009 – 2010 – 2011 – 2012 – 2013 – 2014 – 2015 – 2016 – 2017 – 2018 – 2019 – 2020 – 2021 – 2022 – 2023 – 2024 – 2025 – Permanent

Histoire des Classifications

••• Sommaire
Période prélinnéenne (antérieure à 1758)
• XIIIe siècle – Premières représentations d’Odonates identifiables (Chine)
• 1558 – Rondelet, inspiré par le Requin marteau est à l’origine du nom Libella
• 1575 – Joris Hoefnagel (1542-1601) est le premier odonatologue de l’histoire
• Point sur les Odonates déterminables de la période prélinnéenne (ante 1758)

Période préselysienne (1758-1840)
• 1758 – Fondation scientifique du genre Libellula : premières descriptions scientifiques des Odonates
• 1775 – Splitage du genre Libellula (sensu 1758) en Libellula (sensu 1775), Aeshna et Agrion

Période selysienne (1840-1917)
• 1906 – Fondation des Anisozygoptères par Handlirsch

Période tillyardienne (1917-1962)

Période corbetienne (1962-2008)

Période actuelle (2008-2025)
• 2014 – Édition de la Classification phylogénétique des Odonates : Histoires Naturelles n°34
• 2021 – Nouvelle classification « générale » des Odonates
• 2021 – Fondation du sous-ordre fossile des Céphalozygoptères
• 2022 – Nouvelle définition proposée pour les Anisozygoptères

Références spécifiques sur l’Histoire des Odonates

Période prélinnéenne (antérieure à 1758)

Le premier Odonate déterminable se trouve sur un rouleau illustré par Qian Xuan au XIIIe siècle, il s’agit de Rhyothemis fuliginosa. Avant toute description officielle des espèces, actée par la 10e édition du Systema Naturae (Linnaeus 1758), ce sont d’ores et déjà une quarantaine d’espèces qui ont été illustrées par les auteurs ou suffisamment bien décrites (alors sans nom véritable) pour qu’on puisse les identifier avec une marge d’erreur très faible.

XIIIe siècle – Premières représentations d’Odonates identifiables (Chine)

Qian Xuan [1235-1305] – Début d’automne. [et] Libellule sur un Bamboo. – [Peintures chinoises du XIIIe siècle]

Qian Xuan (1235-1305) est un peintre chinois qui parmi ses œuvres du XIIIe siècle donne deux représentations d’Odonates qui me semblent être déterminables : Début d’automne, insectes et lotus (rouleau en longueur) et Libellule sur un Bamboo (encre et couleur sur soie, rouleau en hauteur). Qian Xuan est originaire de Wuxing (Zhenjang, Chine) et a vécu à l’époque de Khubilai, petit-fils de Gengis Khan qui se proclame empereur de Chine en 1279, ce dernier fondant ainsi la dynastie mongole des Yuan en Chine. Du vivant de Qian Xuan, certaines de ses peintures sont si populaires que de nombreuses contrefaçons circulent, notamment dans les dernières années de sa vie. Le peintre marqua alors ses œuvres pour confondre les falsificateurs. Avant de découvrir ces peintures j’ai longtemps cru que la première libellule identifiable se trouvait dans le Breviaire de Belleville (Pucelle 1323-26) et je l’ai attribuée à Calopteryx xanthostoma dans ces pages en 2018. C’est lors de la lecture en 2019 d’un article de May (2019), j’ai pu repérer ces deux tableaux de Qian Xuan. Après diverses hésitations, je propose de rapprocher certains spécimens de Rhyothemis fuliginosa.

Début d’automne, insectes et lotus par Qian Xuan (XIIIe siècle) – Cette œuvre est à l’Institut des Arts de Détroit (Rouleau en longueur).
Je pense que l’espèce au centre correspond à Rhyothemis fuliginosa
Libellule sur un Bamboo par Qian Xuan (XIIIe siècle) – © source
Cette œuvre est au Musée de Boston – Encre et couleur sur soie, rouleau en hauteur
  • May M.L. 2019 – Odonata : Who They Are and What They Have Done for Us Lately : Classification and Ecosystem Services of Dragonflies. – Insects, 10 (62) : 1-17.
  • Pucelle J. 1323-26 – Breviarium ad usum fratrum praedicatorum. – « Bréviaire de Belleville ». – Manuscrit.

1558 – Rondelet, inspiré par le Requin marteau est à l’origine du nom Libella

Rondelet G. 1558 – L’Histoire entière des Poissons. – Bonhome, Lion.

Planche de Rondelet (1558), illustrant le Peƒce martello, notre Requin marteau

Rondelet (1558) nomme en grec Zigæna, Libella en latin, le Marteau [français] ou Poisson Iuif ce que nous connaissons désormais sous le nom de Requin marteau. Le nom Libella vient du nom d’un instrument de maçon et de charpentier aussi appelé en français, un niveau en raison de similitudes avec la forme de la tête du dit Poisson. Il est appelé Balista en Italie ou Peƒce martello. C’est à Marseille le Peis iouizio [Poisson juif] en raison de l’aspect d’un chapeau que portait autrefois les Juifs dans la ville. En Espagne c’est le Peis limo, Limada, Toilandalo.

Libella fluviatilis

C’est aussi Rondelet (1558) qui est à l’origine du mot Libella à la base du nom Libellula qui concerne nos Libellules (Linnaeus 1735). Il dit que « ce petit inƒecte ƒe peut appeler Libella fluviatilis [donc il en forge bien le nom] pour la similitude qu’il ha avec le poiƒƒon marin nommé Zigæna ou Libella, pour la figure faite avec vn Niueau, duquel vƒent les Architectes, lequel auƒƒi en Italie s’appelle poiƒƒon Marteau. Ceƒte beƒte eƒt fort petite, de la figure d’vn T, ou d’vn Niveau aiant trois pieds de chacque coƒté. La queüe finiƒt en trois pointes vertes deƒquelles, é des pieds elle nage. » Ces animaux qui sont des larves de Zygoptères sont aussi désignés sous les noms de Marteau d’eau douce ou Niueau d’eau douce (ch. XXXV) qui paraissent comme autant de néologismes pour l’époque.

Il est intéressant de noter, ce qu’aucun auteur ne semble avoir relevé jusqu’alors (com., 2021) que le chapitre suivant (XXXVI) correspond à Des Mouches d’eau douce. Or, si la description ne sait être attribuée à une Libellule particulière, elle me semble bien évoquer nos Insectes en particulier dans le cadre de séances de ponte aquatique d’Anisoptères.

Le chapitre XXXVI de l’ouvrage de Rondelet (1558) pourrait à mon avis, au moins par partie concerner les Odonates.

Des étymologies rapportées sur le thème de Libella ou « petit livre » ont longtemps perdurées, sont répandues dans la littérature. Elle sont parfaitement erronées.

  • Linnaeus C. 1735 – Systema Naturae. 1ère édition. – Lugduni Batavorum.

1575 – Joris Hoefnagel (1542-1601) est le premier odonatologue de l’histoire

Hoefnagel Joris 1575Animalia Rationalia et Insecta (Ignis). – Planches (illustrations).

L’odonatologie commence par l’image… avant d’entrer dans la science.

Hoefnagel réalise une série de planche d’Odonates qui n’auront pas d’équivalent en terme de qualité avant plusieurs siècles. L’ouvrage est attribué à Joris Hoefnagel (1542-1601). Notons que dans sa lignée on trouve Jacob Hoefnagel (1573-1630) qui a quant à lui édité diverses illustrations d’Odonates en 1592, reprises et complétées en 1630.

On trouve et reconnaît généralement facilement dans cet ouvrage Aeshna cyanea, Simaeschna colubercula, Sympetrum depressiusculum, Sympetrum sanguineum, Calopteryx virgo, Calopteryx splendens, Sympecma fusca, Coenagrion sp., Sympetrum pedemontanum, Orthetrum brunneum. Les Libellules sont présentées parmi les Mouches (Muscas). Je pense qu’elles proviennent de France.

  • Hoefnagel Joris 1590Eluminures du Mira Calligraphiae Monumenta de Georg Bocskay. – Manuscrit.
  • Hoefnagel Jacob 1592Archetypa studiaque Patris. – Planches naturalistes.
  • Hoefnagel Jacob 1630 –  Diversæ insectarum volatilium icones ad vivum accuratißime depictæ. – Vißcher, Amsterdam : 32 pp.

Point sur les Odonates déterminables de la période prélinnéenne (ante 1758)

Le premier Odonate déterminable se trouve sur un rouleau illustré par Qian Xuan au XIIIe siècle, il s’agit de Rhyothemis fuliginosa. Avant toute description officielle des espèces, actée par la 10e édition du Systema Naturae (Linnaeus 1758), ce sont d’ores et déjà une quarantaine d’espèces qui ont été illustrées par les auteurs ou suffisamment bien décrites (alors sans nom véritable) pour qu’on puisse les identifier avec une marge d’erreur très faible. Les espèces marquées par une * n’ont pas été reprises par Linnaeus (1758) qui connaissait toutefois une part importante des espèces antérieurement « indiquées » et auxquelles il n’ajoute dans le genre unique Libellula qu’il avait forgé en 1735, qu’Aeshna juncea, Diastatops dimidiata, Erythrodiplax umbrata et Leucorrhinia rubicunda. Il est à noter que la collection de Linné comprend encore la quasi totalité des espèces qu’il a décrite et il se réfère par ailleurs aux auteurs anciens le plus généralement. Cette collection comprend des espèces supplémentaires qu’il n’a pas décrites… Le nom Libella est forgé par Rondelet (1558) et c’est Linnaeus (1735) qui en fait le diminutif Libellula, ne connaissant pas sa source, mais connaissant bien le terme Libella, utilisé pour désigner les Demoiselles. Le nom français de Libellules sera utilisé pour la première fois par Olivier (1792).

  1. Rhyothemis fuliginosa – Chine (Qian Xuan [1235-1305])*
  2. Calopteryx xanthostoma – France (Pucelle 1323-26)*
  3. Cordulegaster boltonii – France (Boudichon 1503-08)*
  4. Platetrum depressum (= Libellula depressa) – France (Boudichon 1503-08)
  5. Aeshna cyanea – Belgique (Grimani 1510-20)*
  6. Gomphus pulchellus – Belgique (Grimani 1510-20)*
  7. Calopteryx splendens – France (Hoefnagel 1575)*
  8. Calopteryx virgo – France (Hoefnagel 1575)
  9. Coenagrion mercuriale – France (Hoefnagel 1575)*
  10. Coenagrion puella – France (Hoefnagel 1575)
  11. Orthetrum brunneum – France (Hoefnagel 1575)*
  12. Pyrrhosoma nymphula – France (Hoefnagel 1575)*
  13. Simaeschna colubercula (= Aeshna mixta) – France (Hoefnagel 1575)*
  14. Sympecma fusca – (non localisée) (Hoefnagel 1575)*
  15. Sympetrum depressiusculum – France (Hoefnagel 1575)*
  16. Sympetrum pedemontanum – France (Hoefnagel 1575)*
  17. Sympetrum sanguineum – France (Hoefnagel 1575)*
  18. Brachytron pratense – Grande-Bretagne (Muffet 1589-90)*
  19. Eurothemis fulva (= Libellula fulva) – Grande-Bretagne (Muffet 1589-90)*
  20. Libellula quadrimaculata – Grande-Bretagne (Muffet 1589-90)
  21. Onychogomphus forcipatus – Grande-Bretagne (Muffet 1589-90)
  22. Acisoma inflatum – (non localisée) (Hoefnagel 1592)*
  23. Brachythemis impartita – (non localisée) (Hoefnagel 1592)*
  24. Orthetrum cancellatum – (non localisée) (Hoefnagel 1592)
  25. Pantala flavescens – (non localisée) (Hoefnagel 1592)*
  26. Anax parthenope – Italie (Aldrovando 1602)*
  27. Calopteryx ancilla caprai (= Calopteryx splendens caprai) – Italie (Aldrovando 1602)*
  28. Somatochlora metallica – Italie (Aldrovando 1602)*
  29. Simaeschna affinis (= Aeshna affinis) – Pays-Bas (planche de J. van Kessel : 1661)*
  30. Enallagma cyathigerum – (non localisée) (Goedart 1695)*
  31. Aeshna grandis – Grande-Bretagne (Ray 1710)
  32. Sympetrum flaveolum – Grande-Bretagne (Ray 1710)
  33. Sympetrum vulgatum – Grande-Bretagne (Ray 1710)
  34. Platycnemis pennipes – France (de Réaumur 1742)*
  35. Cordulia aenea – Suède (Linnaeus 1746)
  36. Gomphus vulgatissimus – Suède (Linnaeus 1746)
  37. Somatochlora flavomaculata – Suède (Linnaeus 1746)*
  38. Ophiogomphus cecilia – Allemagne (Roessel von Rosenhof 1749)*
  39. Neurobasis chinensis – Inde (Edwards 1750)
  40. Zenithoptera fasciata – (non localisée) (Edwards 1750)
Qian Xuan [1235-1305] – Début d’automne. [et] Libellule sur un Bamboo. – [Peintures chinoises du XIIIe siècle]
Pucelle J. 1323-26 – Breviarium ad usum fratrum praedicatorum. – « Bréviaire de Belleville ». – Manuscrit.
Bourdichon J. 1503-08 – Les Grandes Heures d’Anne de Bretagne. – Manuscrit.
Grimani 1510-20 – Bréviaire du cardinal Domenico Grimani. – Manuscrit.
Rondelet G. 1558 – L’Histoire entière des Poissons. – Bonhome, Lion.
Hoefnagel Joris 1575 – Animalia Rationalia et Insecta (Ignis). – Planches.
Muffet T. 1589-90 – Insectorum sive Minimorum Animalium Theatrum. – Réed. 1634 – Londini.
Hoefnagel Jacob 1592 – Archetypa studiaque Patris. – Planches naturalistes.
Aldrovando U. 1602 – Des Animalibus Insectis libri septem. – Bononiae.
Goedart J. 1695 – De Insectis. – Londini.
Ray J. 1710 – Historia insectorum. – Londoni, Impensis A. & J. Churchill, [Libella] : 47-53 + 140.
Linnaeus C. 1735 – Systema Naturae. Première édition. – Lugduni Batavorum.
Olivier G.A. 1792 – Encyclopédie méthodique, dictionnaire des Insectes. Tome septième, partie 2. – Paris, Panckoucke.
de Réaumur R. 1742 – Mémoire pour servir à l’histoire des Insectes. Onzième mémoire. Des mouches à quatre aisles nommées Demoiselles. – Imprimerie royale, Paris [Demoiselles] : 387-457.
Linnaeus C. 1746 – Fauna Svecica. – Stockholmiae [Libellula] : 227-232. – ONLINE
Roessel von Rosenhof A.J. 1749 – Der monathlich-hereusgegebenen Insecten-Belustigung. Insectorum aquatilium. – Nürberg.
Edwards G. 1750 – A Natural History of Birds. Partie III. – London.

Période préselysienne (1758-1840)

La période prélysienne (1758-1840) comprend les premières descriptions des espèces européennes et quelques description d’espèces du Monde. On trouve sur cette période les premiers essais sur les Odonates d’Europe, en particulier dans les années 1820. La littérature anglaise évolue de son côté, de toute évidence basée sur l’exploitation d’un manuscrit de Leach (datant vraisemblablement de 1810), ce qui fonde de nombreux nomina nuda. Toutefois vers la fin de cette période une certaine fusion se fait avec le reste des travaux odonatologiques de l’époque (com., 2019).

1758 – Fondation scientifique du genre Libellula : premières descriptions scientifiques des Odonates

Linnaeus C. 1758Systema naturae. 10e édition. – Holmiae. – [Libellula] PDF

Les débuts de la taxonomie officielle en Zoologie sont basés sur l’ouvrage de Linnaeus (1758), toutefois précédé de peu par un travail sur les Araignées de Suède (Clerck 1757) qui est validé par la Communauté scientifique.

Araneus angulatus Clerck, 1757 – Planche originale (Clerck 1757)

En Zoologie, le plus ancien nom de la classification officielle est Araneus Clerck, 1757 (type : Araneus angulatus Clerck, 1757 – planche ci-dessus) (ICZN 2009 : opinion 2224) et viennent ensuite les noms génériques donnés par Linnaeus en 1758. Pour nos Insectes, il utilise un seul genre : Libellula Linnaeus, 1758. C’est cet auteur qui fonde la place les Libellules dans le Règne Animal dont il forme six classes : I. Mammalia, II. Aves, III. Amphibia (incl. des Reptiles), IV. Pisces, V. Insecta, VI. Vermes. Les Insecta (Insectes) forment un ensemble bien développé par Linnaeus, avec 73 genres parmi les 312 qu’il décrit pour l’ensemble du Règne Animal. Pour la classe des Insecta il précise sept ordres, dont le dernier inclus des Araignées, Scorpions, Crustacés ou Myriapodes : I. Coleoptera, II. Hemiptera, III. Lepidoptera, IV. Neuroptera, V. Hymenoptera, VI. Diptera, VII. Aptera.

Le genre Libellula Linnaeus, 1758 correspond au 207e genre du Règne Animal, rangé dans le 6e ordre des Insecta, les Neuroptera accompagné des genres n°208 à 212 : Ephemera, Phryganea, Hemerobius, Panorpa et Raphidia. Il y distribue 18 espèces, essentiellement européennes dans deux ensembles, sans les nommer et qui préfigurent les Anisoptères et les Zygoptères : Alis patentibus… et Alis erectis

Sauf à utiliser le mot Odonates, ces Insectes restent toujours dépendants de deux noms qui les résument en anglais Damselflies and Dragonflies ou repris, d’ailleurs de nouveau assez récemment, en français sous Demoiselles et Libellules. Ils resteront rapprochés des Névroptères jusqu’au bon milieu du XXe siècle, puis placés parmi les Paléoptères avec les Ephémères, alors en parallèle des Néoptères au sein des Ptérygotes (Insectes ailés ou affines). Notons que Linnaeus (1758) avait déjà rapproché le genre Libellula du genre Ephemera (genres n°207 et 208), ce qui équivaut au rapprochement des Odonates et des Ephémères au sein des Paléoptères.

Le travail de Linnaeus (1758) sur les Odonates se basent de toute évidence sur sa collection issue de Suède et ses recherches antérieures sur les Insectes de ce pays (Linnaeus 1746). Il connaît l’ouvrage magnifiquement illustré de Roessel von Rosenhof (1749) ou la synthèse de René-Antoine de Réaumur (1738 et 1742), ainsi que le travail sur les Insectes d’Angleterre de Ray (ou Rajus) (1710). Il prend quelques sources aussi chez Muffet (1589-90), mais ne semble bizarrement pas connaître a priori l’origine du mot Libella issu de Rondelet (1558) et qui lui sert de base pour Libellula, terme forgé quelques années plus tôt (Linnaeus 1735) Pour les espèces exotiques, il s’agit de taxons spectaculaires par la coloration « vive » de leurs ailes, mais plusieurs sont déjà abordés par les auteurs par ailleurs et Linnaeus, les cite. C’est fondamentalement un travail sur les Odonates du Nord de l’Europe (Suède notamment), s’appuyant, outre sa collection, pour partie sur des travaux dont les plus complets du point de vue descriptif concernent l’Angleterre ou l’Allemagne. En conséquence les espèces méridionales de l’Europe resteront inconnues pendant assez longtemps. De manière étrange les deux espèces du genre Anax ont échappé à tout le monde avant la description d’Anax imperator par Leach in Brewster (1815). Des espèces comme Brachytron pratense ou Cordulegaster boltonii sont omises alors qu’elles ont déjà été illustrées par le passé. Les Zygoptères (pourtant variés dans la collection de Linné) semblent quelque peu bâclés ou trop volontiers traités comme des variétés de Libellula virgo et Libellula puella. La dualité des Calopteryx (virgo ou splendens) n’a pas été comprise et ne le sera pas vraiment comme je l’ai déjà signalé avant près d’une centaine d’années, bien que tous les éléments adéquates étaient déjà en germe en 1758, tant dans les illustrations que dans les textes de Linnaeus.

Brewster D. (ed.) 1815 The Edinburgh Encyclopaedia. – Edinburgh, Vol. 9. – [Leach : Odonata : 136-137].
Clerck C. 1757 Svenska spindlar. – Stockholmiae, Literis Laur. Salvii, VII : 154 pp.
de Réaumur F. 1738 Mémoire pour servir à l’histoire des Insectes. Troisième mémoire. De la distribution des Mouches en classe, en genres et en espèces. – Imprimerie royale, Paris.
de Réaumur R. 1742 Mémoire pour servir à l’histoire des Insectes. Onzième mémoire. Des mouches à quatre aisles nommées Demoiselles. – Imprimerie royale, Paris [Demoiselles] : 387-457.
[Leach W.E. 1810] – Manuscrit (Mss). – Document manuscrit.
Linnaeus C. 1735 – Systema Naturae. Première édition. – Lugduni Batavorum.
Linnaeus C. 1746Fauna Svecica. – Stockholmiae [Libella] : 227-232.
Muffet T. 1589-90Insectorum sive Minimorum Animalium Theatrum. – Réed. 1634 – Londini.
Ray J. 1710Historia insectorum. – Londoni, Impensis A. & J. Churchill, [Libella] : 47-53 + 140.
Roessel von Rosenhof A.J. 1749Der monathlich-hereusgegebenen Insecten-Belustigung. Insectorum aquatilium. – Nürberg.
Rondelet G. 1558L’Histoire entière des Poissons. – Bonhome, Lion.

1775 – Splitage du genre Libellula (sensu 1758) en Libellula (sensu 1775), Aeshna et Agrion

 Fabricius J.C. 1775 – Systema Entomologiae. – Flensburgi & Lipsiae

La classification dressée dans le Systema Entomologiae de Fabricius (1775) ne fera pas carrière, mais présente un intérêt majeur, celui de confirmer le système ordonné de Linnaeus (1758) en classes, ordres, genres et espèces. Les familles ne sont pas encore introduites dans la classification et la classe des Insecta Linnaeus, 1758 est placée implicitement à un niveau supérieur, car Fabricius (1775) y crée finalement plusieurs classes dont celle des Unogata Fabricius, 1775 qui associe artificiellement des ensembles bien différents (Odonates, Myriapodes et Araignées notamment) selon des ressemblances au niveau des pièces buccales, avec les genres (n°130 à 137) : Libellula, Aeshna, Agrion, Iulus, Scolopendra, Trombidium, Aranea, Phalagium. L’invention importante de Fabricius (1775) pour les Odonates, est la réorganisation du genre Libellula (sensu 1758) en trois genres distincts : Libellula (sensu 1775) (cf. Libellulidés), Aeshna (cf. Aeschnidés et Gomphidés) et Agrion (cf. Zygoptères). En faisant ainsi, il ne vient que confirmer l’organisation tripartite des Odonates proposée par R.A. de Réaumur (1742) correspondant grosso modo aux Libellulidées, Aeschnidés+Gomphidés et Zygoptères.

  • Linnaeus C. 1758Systema naturae. 10e édition. – Holmiae.
  • de Réaumur R. 1742 Mémoire pour servir à l’histoire des Insectes. Onzième mémoire. Des mouches à quatre aisles nommées Demoiselles. – Imprimerie royale, Paris [Demoiselles] : 387-457.

Période selysienne (1840-1917)

La période selysienne (1840-1917) se fonde sur les travaux à dimension mondiale préparés par Edmond de Selys Longchamps, complétés ou avec l’aide parfois, de ceux de Hagen, Brauer, McLachlan en particulier ainsi que ceux de leurs successeurs qui sont directement issus de l’école selysienne : Martin ou Ris (com., 2019).

1906 – Fondation des Anisozygoptères par Handlirsch

Handlirsch A. 1906-08 – Die Fossilen Insekten und die Phylogenie der Rezenten Formen, parts I-IV. – Ein Handbuch fur Palaontologen und Zoologen : 1-640.

L’introduction en 1906, dans la classification de l’ordre des Odonates, du sous-ordre des Anisozygoptères (Anisozygoptera) par Handlirsch (1906-08), va étendre l’organisation de ces Insectes, qui ne présentent donc plus seulement deux ensembles (Zygoptères et Anisoptères) mais désormais trois. Les deux premiers étaient suffisamment intuitifs pour qu’ils soient déjà en germe chez Linnaeus dès 1758, voire chez Ray (1710). Ce nouveau sous-ordre va toutefois avoir une carrière complexe et confuse. Dès sa fondation son auteur y associe les actuels, Neopalaeophlebiidae (= Epiophlebiidae, cf. Epiophlebia). Il y ajoute des ensembles fossiles qui seront rapidement exclus des Anisozygoptera, si bien que rapidement ce sous-ordre paraît vidé d’une part de sa substance.

Grands ensembles chez Odonates selon Handlirsch (1906-08) – Cette structure fondamentalement triparte restera « en vigueur » jusqu’en 2022, alors même qu’elle avait été déboutée par Nel & al. en 1993

Par contre plus tard d’autres auteurs, tout en conservant le genre « vivant », Epiophlebia dans ce sous-ordre, font des tentatives d’association avec d’autres fossiles. Les bases de la classification des Odonates sera fortement influencée pendant plus d’un siècle, par le travail d’Handlirsch (1906-08) et seul Fraser en 1957 va y apposer un regard novateur. En 1993, Nel & al., invalident tous les fossiles associés aux Anisozygoptera et il n’y reste que les Epiophlebia ou de rares genres fossiles considérés comme très proches. Deux écoles se distinguent ou s’affrontent : celle des Epiproctophora initiée par Bechly en 1996 (incluant les Epiophlebioptera, cf. Epiophlebia) et celle conservant les Anisozygoptera à la suite notamment de Trueman & Rowe (2009 ; depuis Watson & O’Farrell 1991), mais conservant à l’esprit l’existence de « mythiques » groupes fossiles qui dès 1993 avaient été déboutés de cet ensemble par Nel & al. (1993). Le premier nom passe mal, le second est pour ainsi dire médiatique et bien connu de l’ensemble des auteurs. Considérant que dans l’esprit il est réduit aux Epiophlebia et quelques fossiles proches, malgré une certaine ambiguïté historique du terme, j’ai proposé d’en asseoir un sens restreint en 2022 (Deliry 2022) et de le placer au sein des Epiproctophora en parallèle des Anisoptera. Cette dernière présentation est celle d’une organisation des Odonates actuels en deux ensembles (Zygoptera et Epiproctophora), le second conservant le nom d’Anisozygoptera dans un sens nouveau (= Epiophlebioptera) en parallèle des Anisoptera comme deux infra-ordres.

Bechly G. 1996Morphologische Untersuchungen am Flügelgeäder der rezenten Libellen… – [Etudes morphologiques des nervures alaires des libellules…] – Petalura, n° special, 2 : 402 pp.
Fraser F.C. 1957A reclassification of the order Odonata. – Sydney. R. Zool. Soc. NSW.
Linnaeus C. 1758Systema naturae. 10e édition. – Holmiae.
Nel A. & al. 1993 Les « Anisozygoptera » fossiles, Phylogénie et classification (Odonata). – Martinia, hors-série n°3 : 1-311.
Ray J. 1710 Historia insectorum. – Londoni, Impensis A. & J. Churchill, [Libella] : 47-53 + 140.
[Trueman J.W. & Rowe R.J. 2009] – Odonata. Dragonflies and damselflies.In : The Tree of Life Web Project, online.
Watson J.A. & O’Farrell A.F. 1991 – Odonata (Dragonflies and Damselflies). Chapter 17. – In : CSIRO (ed.) – The Insects of Australia. A textbook for students and research workers. 2 volumes. – Carlton. Melbourne University Press. : 294-310.

Période tillyardienne (1917-1962)

La période tillyardienne (1917-1962) comprend autour de Tillyard des études approfondies sur la biologie des Odonates et des efforts sont enfin menés afin de réaliser une classification rigoureuse de ces Insectes, notamment avec l’aide de Fraser. La classification au niveau des familles est alors élaborée par divers auteurs (com., 2019).

Période corbetienne (1962-2008)

Lors de la période corbetienne, on voit apparaître autour de Corbet, des études sur l’éthologie ou l’écologie de nos Insectes. C’est sur cette période que divers naturalistes amateurs vont s’attacher à inventorier les Odonates avec la publication successive des guides de détermination à leur destination (com., 2019)

Période actuelle (2008-2025)

La période actuelle se traduit par une généralisation des activités de naturalistes amateurs et l’émergence d’inventaires collaboratifs grâce à la popularisation d’Internet. Outre l’édition de nombreux ouvrages de synthèses, les bases de la phylogénétique des Odonates tendent à être de mieux en mieux adoptées (alors que des éléments significatifs étaient disponibles dès les années 1990 !), l’étude de leur répartition (biogéographie) et l’impact des changements climatiques sont liés et deviennent le sujet de nombreux projets (com., 2019). L’histoire ne s’écrit réellement qu’un fois que celle-ci est passée, toutefois certains auteurs se distinguent comme Paulson, Dijkstra, Kalkman, Abbott, Garrison, von Ellenrieder, Ware, Marinov, etc. et d’autres sont des spécialistes très efficaces de certains secteurs du Monde (Orr, Dow, Theischinger, Kosterin…). L’étude détaillée des Odonates n’ayant jamais été aussi « active », il sera difficile de ne pas oublier quelqu’un. En Paléontologie André Nel se distingue de manière très caractérisée, mais récemment les équipes semblent s’étoffer sur ce thème d’étude des Odonates du passé (com., 2022).

2014 – Édition de la Classification phylogénétique des Odonates : Histoires Naturelles n°34

Deliry C. 2014 – Classification phylogénétique des Libellules. – Histoires Naturelles n°34.

Deliry C. 2018 – Essai de classification phylogénétique des Odonates. – Histoires Naturelles n°56. – PDF

Mon travail sur la classification phylogénétique des Odonates commencé dans les années 2000 et régulièrement mis en ligne, est rassemblé dans une seule synthèse (Deliry 2014), toutefois suite à une maladresse basée sur une erreur d’interprétation des ensembles supérieurs, certaines informations étant en faveur de la proximité des Lestes avec les Anisoptères, je reprends et ajuste ce travail dans une nouvelle version publique (Deliry 2018). Mon travail se poursuit au jour le jour et ne cesse de s’améliorer (com., 2025).

2021 – Nouvelle classification « générale » des Odonates

 Bybee S.M. & al. 2021 – Phylogeny and classification of Odonata using targeted genomics. – Molecular Phylogenetics and Evolution, 18 février 2021.

[Paulson D., Schorr M., Abbott J., Bota-Sierra C., Deliry C., Dijkstra K.D. & Lozano, F. (coord.) 2025] – World Odonata List. – Odonata Central, University of Alabama, première mise en ligne en 2021.

Si j’ai adopté sans hésiter les éléments clés de cette nouvelle classification donnée par Bybee & al. (2021) dans la mesure où elle présente une excellente concordance, voire identité, avec mes travaux antérieurs (Deliry 2014, 2018) pour la Classification phylogénétique progressive, je propose des ajustements de détail afin de la rendre plus exacte (com., 2021). Cette classification officielle « générale » est valorisée en ligne sur la World Odonata List ([Paulson & al. 2025]).

2021 – Fondation du sous-ordre fossile des Céphalozygoptères

Archibald S.B. & al. 2021 – The Cephalozygoptera, a new, extinct suborder of Odonata with new taxa from the early Eocene Okanagan Highlands, western North America. – Zootaxa, 4934 (1).

L’entre d’une nouveau sous-ordre (fossile), celui des Cephalozygoptera Ŧ se fait avec Archibald & al. (2021). L’organisation des grands ensembles chez les Odonates est en conséquence enrichie. Néanmoins cet ensemble est discuté dans la Communauté odonatologique (Nel & Zheng 2021).

Archibald & al. (2021) maintiennent dans leur structure les Anisozygoptera
©© byncsa – réal. : Cyrille Deliry – Histoires Naturelles
  • Nel A. & Zheng D. 2021 – The recently proposed odonatan ‘suborder’ Cephalozygoptera : fact or fiction. – Palaeoentomology, 24 avril 2021.

2022 – Nouvelle définition proposée pour les Anisozygoptères

Deliry C. 2022 – Anisozygoptera (sens.nov.) – Extrait des Odonates du Monde (Histoires Naturelles), 17 novembre 2022. – PDF

Je propose une nouvelle définition des Anisozygoptera (sensu novo) (Deliry 2022) de manière à les limiter à un ensemble monophylétique, ce qui consiste à écarter toutes les confusions passées liées à l’association dans cet infra-ordre de groupes fossiles que les auteurs d’ailleurs n’y placent plus depuis plusieurs années théoriquement. Par ailleurs ceci est conforme aux souhaits de conserver ce nom bien connu, ce, malgré son ambiguïté historique.

Classification des Odonates (Deliry 2022) après rénovation du sens des Anisozygoptera

Références spécifiques sur l’Histoire des Odonates

  • Corbet P.S. 1991 – A brief history of odonatology. – Adv. in Odonatol., 5 : 21-44.
  • de Selys Longchamps E. 1896 – Les progrès de la connaissance des Odonates. – Compte-rendu du Congrès international Zoologique de Leyde : 441-460.
  • [Deliry C. 2020] – Nommer les Libellules, historique ancien. – Odonates du Monde, en ligne. – ONLINE
  • Khelifa R., Theischinger G. & Endersby I. 2017 – A century on from The Biology of Dragonflies by Tillyard 1917: what have welearned since then ? – Austral Entomology, 56 : 138-147.
  • Trueman J.W. 2007 – A brief history of the classification and nomenclature of Odonata. – Zootaxa, 1668 : 381–394.


Citation de la page

[Deliry C. 2025] – Histoire de l’Odonatologie. – Odonates du Monde (odonates.net), première mise en ligne en 2019.