Distinction des taxons du groupe Coenagrion mercuriale

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[Deliry C. 2026] – Distinction des taxons du groupe Coenagrion mercuriale - In : Odonates du Monde (Histoires Naturelles) (2004-[2026]) – Version 71908 du 21.12.2025. – odonates.net

Odonata > Zygoptera > Calopteragrionida > Coenagrionines > Coenagrionoidea > Coenagrionidae > Coenagrion > Coenagrion mercuriale gr. : Coenagrion castellani, Coenagrion hermeticum, Coenagrion mercuriale s.str.

Distinction des taxons du groupe Coenagrion mercuriale gr.

Les taxons du groupe Coenagrion mercuriale gr. sont au nombre de trois et je considère qu’il y a des raisons à les considérer comme des espèces distinctes : Coenagrion mercuriale, Coenagrion castellani et Coenagrion hermeticum, voire compléments au genre Coenagrion. Je considère qu’une certaine variabilité de la coloration des ♂ de Coenagrion mercuriale est connue de longue date pour cette espèce. Coenagrion castellani semble plus stable sur ce point au sein de son aire de distribution réputée italienne. Le cas de Coenagrion hermeticum sera examiné ultérieurement en ce qui me concerne. Les éléments de coloration sont généralement considérés comme des critères d’orientation, mais qui ne peuvent être utilisés de manière parfaitement fiable pour des déterminations qui nécessitent des critères plus caractérisés. La morphologie des pièces terminales de l’abdomen est alors à considérer.

Détermination des mâles (♂) des trois espèces considérées

Seule la détermination des ♂ paraît fiable (Coenagrion mercuriale et Coenagrion castellani)

Tous les détails sont précisés ci-dessous.

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Coenagrion mercuriale - Tête du ♂ - Belgique le 27 juin 2014 - ©© bysa - Gilles San Martin - Wikimedia Commons

Coenagrion castellani - Tête et détails de l'abdomen (S2 et S3) du ♂ - Italie, vers Anconne le 2 juin 2023 - ©© by - Marco Bondini - iNaturalist Coenagrion mercuriale - Détails de l'abdomen (S2 et S3) du ♂ - Belgique le 27 juin 2014 - ©© bysa - Gilles San Martin - Wikimedia Commons
Coenagrion castellani - Pièces abdominales du ♂ en demi profil - Italie, vers Anconne le 2 juin 2023 - ©© by - Marco Bondini - iNaturalist Coenagrion mercuriale - Pièces abdominales du ♂ vues de dessus - Belgique le 27 juin 2014 - ©© bysa - Gilles San Martin - Wikimedia Commons


Coenagrion mercuriale - Pièces abdominales du ♂ vues de demi profil - Allemagne le 2 juin 2019 - ©© bysa - "Elbebiber" - iNaturalist

En bref : Coenagrion castellani est une espèce généralement plus assombrie que Coenagrion mercuriale et elle en diffère par des pièces abdominale inégales vue de côté (non sub-égales) et plus fines et moins grossières avec une petite pointe basale vers l’intrado sur l’appendice supérieur et des crochets distincts rentrant vers l’apex (non plus épaisses et arrondies, avec de faibles pointes côté base ou crochets à l’apex au mieux fondu dans l’appendice). De dessus, toutefois la distinction peut parfois paraître difficiles. Bien que théoriquement du domaine de l'indication, les éléments de coloration semblent stables chez Coenagrion castellani et on doit pouvoir se fier tout particulièrement au dessins abdominal en S3 qui est sub-rectangulaire à l'apex alors qui est nettement lancéolé chez Coenagrion mercuriale.

Distinction entre Coenagrion mercuriale et Coenagrion castellani

Des éléments sur le sujet sont rassemblés par Dijkstra & al. (2023). Je les résume ici. Ces auteurs reprennent la description des imagos de Coenagrion castellani sur la base de spécimens et de photographies naturalistes. Le dessin abdominal en S2 est particulièrement constant en Italie, bien qu’il montre quelques variations. Dans quelques cas Coenagrion mercuriale présente un dessin très similaire. On trouve avec, ce que je considère comme une espèce distincte pour le Maghreb, sous Coenagrion hermeticum[3] des variations qui peuvent aussi ressembler à Coenagrion castellani[4]. Les dimensions (aile antérieure : 17,0-19,5 mm) sont similaires à celles de Coenagrion mercuriale (16,0-19,5 mm) selon Dijkstra & al. (op. cit.). Les génitalias des ♂ sont aussi identiques (N=1 [!]) à ceux de Coenagrion mercuriale, voire de Coenagrion hermeticum. Les marques de la tête sont plus pâles chez Coenagrion mercuriale (en fait elles sont plus étendues, com. pers., [2024]). Le dessin abdominal des ♂ en S2 est plus massif que chez Coenagrion mercuriale et s’approche aussi de celui de Coenagrion scitulum ou Coenagrion caerulescens (selon moi il est bien distinct de chacune de ces espèces et ne présente pas de véritable ressemblance, com. pers, [2024]). En S3, la marque noire tend à être large et tronquée vers l’avant, se finissant typiquement par trois petits pointes (sub-rectangulaire, [2024]). Celle-ci tend à être arrondie ou pointue chez Coenagrion mercuriale, la pointe centrale quand elle existe, étant allongée (je la dirais clairement lancéolée et caractérisée, com, [2024]). Les marques sombres sur S4-S6 ont des pointes latérales plus développées vers l’avant que chez Coenagrion mercuriale et qui sont plus longues (25-40 % du segment contre 0-20%). Les marques sombres sur S9-S10 sont plus étendues que chez Coenagrion mercuriale, les colorations entre les deux espèces diffèrent en S10 en ce qui concerne l’extension du bleu. Les appendices abdominaux des ♂ ressemblent à ceux de Coenagrion mercuriale mais les supérieurs sont proportionnellement plus longs (75-90% / S2, moy. 82%, contre 65-85%, 76%), alors que les inférieurs sont un peu plus courts (55-70% / S2, moy. 63%, contre 65-77%, 70%). En conséquence les supérieurs vus de côté paraissent entre 20 et 40 % plus longs que les inférieurs (0-10% chez Coenagrion mercuriale). En vue dorsale, les appendices supérieur paraissent plus étirés, avec un crochet [rentrant] à leur extrémité dorsale. La description comparée des ♀ est encore lacunaire : le pronotum pourrait être un peu plus large au niveau du lobe central par rapport à Coenagrion mercuriale et elles semblent comme les ♂ avoir des "zones" plus pâles. Des subtilités pourraient concerner les dessins sombres de l’abdomen qui seraient un peu et à peine plus étroits que chez Coenagrion mercuriale. Les larves n’ont pas été étudiées et les ouvrages consacrés rendent a priori tous comptes de larves de Coenagrion mercuriale.

Descriptions originales

Agrion hermeticum de Selys Longchamps, 1872 : recte 1876

La description de ce taxon intervient comme un simple complément anecdotique suite à la description de l’Agrion ecornutum dans un ouvrage sur les Odonates d’Asie septentrionale (de Selys Longchamps in de Selys Longchamps & McLachlan 1872). Alors que l’auteur hésite sur la qualité de l’ecornutum (possible identité avec Coenagrion mercuriale, com. pers, [2024]), il présente ce taxon sous son Nota Bene. Les éléments sont très (trop !) brefs et il est approximativement question d’une sorte d’intermédiaire entre Coenagrion mercuriale et Coenagrion ecornutum.


🔍 - Description originale de l'Agrion hermeticum en note ajoutée, faite par de Selys Longchamps dans le l'"article" préparé de Selys Longchamps & McLachlan (1872).

Dans les fait, la véritable description se trouve chez de Selys Longchamps (1876), la précédente étant très superficielle (et non intentionnelle, com. pers, [2024] : nom. subnudum). Martin (1910) n'a pas avancé, mais est plus précis dans la présentation de ce taxon : il vit sur la Seybouse et sur les ruisseaux de l'arrondissement de Bône en juin. Il cite les deux individus reçus par de Selys Longchamps et présentés plus haut. Il considère que le premier auteur avait une race de mercuriale sous le nom d'Agrion hermeticum. Martin (op. cit.) dit qu'il ne s'agit même pas d'une race, car on trouve en Europe et en Algérie des individus intermédiaires. L'hermeticum normal présente en S2 une tache prolongée depuis la base par une raie dorsale très fine entre les cornes noires.


🔍 - Description détaillée de l'(Agrion) Agrion mercuriale race [?] hermeticum selon de Selys Longchamps (1876).

Dans la description faite par de Selys Longchamps (1876), l'accent est mis sur la forme particulière du dessin en S2 dont une linéation centrale va toucher le segment S1. Il détaille les segments suivants (mais omet S3), S4-S6 avec une très large marque noire et tronquées (non lancéolés comme c'est le cas chez Coenagrion mercuriale donc, com. pers. [2024]), noires sur les 2/3 de S4-S5 et 3/4 de S6, S9 est totalement noir (sauf deux petits spots bleus côté base). Les cercles post-oculaires sont très réduits chez les ♂, mais au contraire énormes chez les ♀.

Références

de Selys Longchamps E. 1872 - Note sur plusieurs Odonates de Madagascar et des îles Mascareignes. - Revue Magasin Zoologie, 23 : 175-183.
de Selys Longchamps E. 1876 - Synopsis des Agrionines (suite de la 5eme Légion : Agrion). Le grand genre Agrion. - Bulletin de l'Académie royale des Sciences de Belgique, 41 : 247-322 + 496-539 + 1233-1309. - ONLINE
Dijkstra K.D. & al. 2023 – Morphological and molecular evidence supports the species status of the Italian endemic Coenagrion castellani Roberts, 1948 (Coenagrionidae). – Intern. J. of Odonatology, 26 : 44-53. – ONLINE
Martin R. 1910 - Contribution à l'étude des Neuroptères de l'Afrique. II. Les odonates du département de Constantine. - Annls de la Soc. Entomol. de France, 79 : 82-104.

Notes

  1. On considère que les ptérostigmas de Coenagrion mercuriale sont plus courts, en forme de losange, noirâtres avec un bord plus pâle, plus court que la cellule sous-jacente, ce qui diffère de celui de Coenagrion castellani. Les motifs abdominaux noirs de cette dernière espèce sont plus larges et se terminent vers l'avant par un dessin tridenté. Les ♂ ont la pièce abdominale supérieure plus longue que l'inférieure et presque entièrement noire, avec des crochets apicaux plus marqués.
  2. Voir toutefois – Ben Azzouz B., Guemmouh R. & Aguesse P. 1989 – Position systématique et description de la larve de Coenagrion castellanii Roberts (1948) du Maroc. – Nouvelle Revue d’Entomologie (N.S.), 6 : 375–381.
  3. Les auteurs considèrent généralement qu'il s'agit d'une sous-espèce : Coenagrion mercuriale hermeticum]]
  4. Le nombre d'images de ce taxon est particulièrement faible et encore peu diffusé en ligne