Valeur patrimoniale des Odonates

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[Deliry C. 2026] – Valeur patrimoniale des Odonates - In : Odonates du Monde (Histoires Naturelles) (2004-[2026]) – Version 46680 du 11.11.2024. – odonates.net

Valeur patrimoniale des Odonates

Outils de diagnostic permettant de dégager la valeur patrimoniale des espèces : Odonates

Dans le premier volet de l’Atlas des Libellules rhônalpines (Deliry 1997) j’avais en collaboration avec des collègues du GRPLS posé les bases du sujet donné en titre. Lorsque j’écris en 2024, il s’agirait de voir ce que sont devenus ces concepts et comment ont-ils évolués ou été améliorés ?

Mhéo (Milieux humides, évaluation, observation)

Les Odonates ont un développement larvaire aquatique qui peut durer de plusieurs mois à plusieurs années, leur diversité étant maximale pour des étangs aux eaux sont pures et présentant une végétation diversifiée. Ainsi ces Insectes prédateurs [à tous les stades de leur vie, renseignent] sur la diversité et l’abondance des proies disponibles. Ainsi sont-il toujours d’excellents indicateurs de la richesse écologique des zones humides, y compris pour des habitats restreints, ce qui permet une évaluation de biotopes à petite échelle. Ceci souligne tout l’intérêt de l’étude des Libellules pour la protection de la Nature (Faton 1987).

Je précisais que la notion d’espèce patrimoniale pouvait être défavorable à un lot d’espèces trop considérées comme « non patrimoniales ». J’ai présenté après les écrits de 1997, ces dernière comme des espèces de la faune ordinaire, tout en soulignant leur importance fondamentale dans la structuration et le fonctionnement des écosystèmes. Ainsi, les espèces « non patrimoniales » n’ont pas lieu d’être négligées.

Les outils disponibles alors étaient à notre connaissance (Deliry 1997), les conventions européennes (Berne, Directive Habitats), ainsi que les Listes rouges. On peut considérer alors la liste rouge des espèces menacées en Europe présentée par van Tol & Verdonk (1988), les listes rouges nationales (Dommanget 1987, Maurin 1994) ainsi que des travaux préparés par l’équipe du GRPLS. Ce sont les premières bases d’une liste rouge rhônalpine (Deliry 1997), ainsi que les listes rouges départementales qui avaient vue leurs prototypes présentés antérieurement (Loose 1987, Deliry 1987, 1991, GRPLS 1992, Deliry 1997), voire en parallèle en termes de préparation (Deliry 1998). Viennent ensuite des outils inspiré d’un travail préparé pour le Marais de Lavours (1992) qui sont la dépendance par rapport au milieu et l’importance des populations présentes basée sur une estimation des effectifs optima observés. Le premier indicateur se base sur le principe que plus une espèce est dépendante par rapport à un milieu donné et plus ce milieu a d’importance pour sa conservation. Le second indicateur considère que si les populations sont importantes, la conservation d’une station alors étudiée sera d’autant plus significative pour la conservation de l’espèce considérée. Cette dernière notion engage certains aspects en phase avec la notion de pérennité des populations, donc des espèces, concept mis en place dans la synthèse préparée alors (Deliry 1997).

Dépendance par rapport aux milieux

Le travail de l’époque (Deliry 1997) donnait un grand tableau inspiré, et pour l’essentiel copié depuis les tableaux de Dommanget (1987), démarche déjà partiellement mobilisée d’ailleurs par Faton (1987) dans sa première synthèse sur les Odonates de la Drôme. Les 20 habitats désignés par Dommanget (1987) sont alors mis en correspondance avec des travaux plus récents détaillant une trentaine d’habitats (Dommanget 1994). Un grand tableau précise, espèce par espèce sa dépendance par rapport à leur habitat. Il s’agit selon 5 niveau d’une espèce proposée comme :

  • (1) Sténoèce : forte dépendance de l’espèce considérée par rapport au milieu concerné.
  • (2) Relativement stéonèce : milieu très favorable à l’espèce considérée. Celle-ci n’en fréquente pas beaucoup d’autres.
  • (3) Favorisée : mais moins sténoèce que précédemment, pour une espèce trouvant dans le milieu des conditions favorables. Celle-ci fréquente alors un nombre important d’autres milieux.
  • (4) Tolérante : espèce qui ne se trouve pas alors dans son milieu optimal. Cependant elle tolère de s’y développer. Ou espèce euryèce dans un milieu nettement favorable pour elle.
  • (5) Étrangère : espèce qui ne se développe probablement pas dans le milieu considéré.

Notion de pérennité

Les premières bases de cette notion sont rapportés dans le même document (Deliry 1997). Elles ont été réalisées sous l’influence de la préparation de diagnostics dans le cadre de la Directive Habitats appliquée aux Odonates. La simple observation d’une espèce sur un site s’avère insuffisante. Je soulignais qu’il s’agissait de juger de la capacité d’accueil des localités considérées et plus particulièrement sur la régularité de l’espèce étudiée sur le site, ce qui revient à juger de la pérennité. Cet élément peut être considéré de plusieurs manières. Je précise dans le document que cette première approche de la notion de pérennité a pour objet d’attirer l’attention sur son importance et tente de poser les premières bases d’une réflexion sur le sujet.

  • La pérennité dans le temps qui peut être abordée à partir de la multiplicité des observations sur diverses années proches de l’époque actuelle. La répétition des observations lors de deux années très éloignées dont une récente (plus de 10 ans par exemple) semble aussi une bonne approche. Il est par ailleurs utile de juger de l’importance des populations rencontrées et des caractères comportementaux et biologiques constatés dans le cadre de la pérennité dans le temps.
  • La pérennité liée à l’importance des populations : on peut considérer comme pérenne une population qui certes, n’ayant été constatée qu’une seule fois récemment, se trouve être présente en grande quantité. Ici, il convient de se méfier des espèces à invasion – ou migratrices – pour qui ce critère nous semble assez souvent douteux. Il ne devrait être utilisé que pour les espèces les plus communes et dûment connues sur un secteur déterminé.
  • La pérennité renseignée par un fait comportemental : certains comportements reproducteurs ou faits de la biologie semblent satisfaisants (Eclosions, Exuvies). D’autres posent problèmes tels la ponte, qui peut être sans suite auquel cas il n’est guère conséquent de porter de conclusions hâtives. Cependant les comportements ou faits tels l’éclosion ou la présence d’exuvies, peuvent être un phénomène localisé dans le temps, ou l’action d’un seul individu... Il semble alors utile de savoir considérer les effectifs en présence.

Il est dans tous les cas possibles de juger des critères que nous considérons comme fiables pour juger de la pérennité des espèces suivant ces trois filtres et parfois suivant la combinaison de plusieurs de ceux-ci. À nous de définir les limites de l’entendement. La pérennité d’une espèce sur un site nous semble dans tous les cas possible à partir du moment où le site est favorable à son développement (cf. dépendance écologique de l’espèce étudiée). Dans certain cas, elle n’est tout à fait probable, dans d’autres elle est certaine, ou en tout cas argumentée sur des informations solides. Par contre, il semble que dans quelques situations, il soit possible de considérer une espèce comme erratique ou « migratrice », du moins dans l’état des connaissances du moment.

  • La pérennité de la station considérée : les activités humaines d’aménagement du territoire ou de préservation de l’environnement peuvent modifier ces conclusions purement d’ordre biologique énoncées ci- dessus. Certains aménagements peuvent améliorer ou au contraire limiter les chances de pérennité des espèces. Les mesures de conservation sont le plus généralement une bonne garantie de maintien d’une station. Il est utile d ’en tenir compte, particulièrement lorsque l’on sait qu’un site sera détruit, même si de toute évidence l’espèce est pérenne « biologiquement ».

Références

Deliry C. 1997 - Massif de Bonnevaux. Quelques remarques sur les Odonates et l’agriculture (38). - FRAPNA Isère, Sympetrum. - PDF
Faton J.M. 1987 - Les libellules de la Drôme. Saisons 1985 et 1986. - Sympetrum, 1 : 23-29.