Aeshna
[Deliry C. 2026] – Aeshna - In : Odonates du Monde (Histoires Naturelles) (2004-[2026]) – Version 87213 du 27.08.2026. – odonates.net
|

→ Odonata > Epiproctophora > Anisoptera > Aeshnines > Aeshnoidea > Neoaeshnida > Aeshnidae > Aeshninae
Aeshna Fabricius, 1775
- Libellula Linnaeus, 1758 partim
Fabricius J.C. 1775 - Systema Entomologiae. - Flensburgi & Lipsiae. - ONLINE
Type - Libellula grandis Linnaeus, 1758 [Longfield 1936, von Ellenrieder 2003]
- Aeschna Fabricius, 1775 (emend. illeg.)
- Aesna Fabricius, 1775
- Aeshna (Aeshna) Fabricius, 1775
- Oeshna de Lamarck, 1817
- Aeshna (Cnemophila) Wallengren, 1894
- Secundaeschna Götz, 1923 (nomen novum)
Aeshne [de Selys Longchamps 1839], Aeschne [de Selys Longchamps 1840], Æschne
| 🔍 - ©© by - S.Rienstra - Aeshna caerulea - Norvège, 24 juillet 2010 - Wikimedia commons |
Étymologie
Illiger (1801) pense que ce nom pourrait provenir du grec αςχύνη (Aeschyna) signifiant pudeur en raison d’un rapprochement avec jeunes fille, notion incluse dans le nom allemand Schmaljungfer. J’ai aussi remarqué que Muffet (1589-90) avait utilisé le nom Aeƒchna muscae pour des Phryganes ou quelques larves aquatiques, ce, à proximité de planches sur les Libellules. Enfin, j’ai récemment exploré l’option aes, aeris, "cuivre, bronze" (Deliry 2026b).
Commentaires taxonomiques
Il s’agit du genre-type de la famille des Aeshnidae.
(1589-90) - La lecture attentive de Muffet (1589-90) montre que cet auteur avait utilisé le nom Aeƒchna muscae ("Æschnes mouches") pour des Phryganes ou quelques larves aquatiques, ce, à proximité de planches sur les Libellules, si bien qu’il peut sembler possible que Fabricius ait voulu valoriser ce nom, non remobilisé en Entomologie à son époque (com., 2023). Je fais de nouvelles propositions sur le choix réalisé et maintenu alors par Fabricius (Deliry [2026b]).
1775 (1801, 1911) - Aeshna Fabricius, 1775 - Fabricius en 1775 splite le genre Libellula (sensu Linnaeus 1758) en Libellula, Aeshna et Agrion. Fabricius (1775) utiliserait une orthographe jugée fautive sous Aeshna pour Aeschna. Illiger (1801) est tout particulièrement à l'origine de l'émendation sous Aeschna qui va perdurer plus d'un siècle. Mais en 1911 la Commission Internationale de Nomenclature rend illégale la version Aeschna pourtant supposée étymologiquement correcte (Muttkowski 1911). Longfield (1936) restaure le nom d'Aeshna et lui attribuant comme type, Libellula grandis Linnaeus, 1758. L’orthographe originale donnée par Fabricius (1775) est donc bien Aeshna. La forme orthographique Aeschna a été appliquée précocement chez de Geer (1779) et de manière argumentée chez Illiger (1801). Ce dernier souligne qu’Aeshna serait incorrect et précise que Æschne (en allemand Schmaljungfer) provient peut-être du grec αςχύνη (Aeschyna) signifiant pudeur en raison d’un rapprochement avec jeunes filles (Jungfer). Toussaint de Charpentier (1825) est le premier à appliquer ensuite, systématiquement l’orthographe Aeschna. Il est alors relativement peu suivi et c’est Burmeister (1839) qui remobilise cette orthographe et qui sera utilisée par de nombreux auteurs par la suite au cours de la fin du XIXᵉ siècle et le début du siècle suivant. On trouve à la même date, Edmond de Selys Longchamps (1839), qui rédige Aeshna et qui fait une présentation du splitage du dit genre réalisé au cours du début du XIXᵉ siècle par plusieurs auteurs. On trouve alors Petalura dont les yeux sont éloignés et qui corresponds grosso modo aux Gomphidae + Cordulegaster dont les yeux se touchent à peine et Aeshna avec un sens plus strict. Edmond de Selys Longchamps discute d‘Anax et le considère pour l’heure comme un simple sous-genre d’Aeshna (à cette date on ne peut parler de Sous-genre selysien, mais bien d'un sous-genre au sens habituel de la taxonomie : com., 27 août 2026). On notera au passage qu’il rédige le nom français sans “c” Aeshne comme nous avons pu le voir chez d’autres auteurs de l’époque. Très peu de temps après de Selys Longchamps adopte le genre Anax. Le nom français Aeschne est forgé par de Selys Longchamps (1840) et reste maintenu dans cette langue malgré la divergence avec le genre effectif. Dans son ouvrage, de Charpentier (1840), se basant sur Illiger (1801) argumente lui aussi, l’utilisation de l’orthographe Aeschna. Il sera généralement suivi par les auteurs (olim), avant que ceux-ci ne fassent marche arrière et reprennent Aeshna. En effet la Commission Internationale de Nomenclature en 1911 considère la forme orthographique Aeschna comme illégale (Muttkovski 1911 : opinion 34) : Aeschna Fabricius, 1775 (nom. illeg.) et en conséquence protège Aeshna Fabricius, 1775 (nomen protectum).
(1779) 1801 (1911) - Aeschna Fabricius, 1775 (emend.) est une orthographe qui a été introduite par de Geer (1779 : 46). Elle est réputée datée de 1801 à partir d'Illiger (1801) et elle a été utilisée de manière préférentielle pendant plus d'un siècle (de Charpentier 1825, 1840, Burmeister 1839, olim). Par contre Rambur (1842) sur la même période en fait un synonyme. Une intervention de Muttkowski en 1911 auprès de l'ICZN motive le retour à l'orthographe initiale : Aeshna Fabricius, 1775. La graphie a été très courante pendant plus d'un siècle (Bianki 1904, Martin 1908, Walker 1912, Ris 1916, Laidlaw 1923, Oguma 1926, Bartenev 1930, Morera 1950...). Popova (1977) peut être regardé comme un usage tardifs de la graphie Aeschna. En conclusion nous avons Aeschna Fabricius, 1775 (emend. illeg.)
1792 (2026) - Aesna Fabricius, 1775 chez Olivier (1792) doit être regardé comme un lapsus ([15 avril 2026]).
1817 - Oeshna de Lamarck, 1817 - Ce nom pourrait être considéré comme un lapsus ou comme une émendation. La solutionn reste [à préciser !]. On retrouve rarement cette version mais elle est chez de Selys Longchamps in Meisser (1831).
1894 - Aeshna (Cnemophila) Wallengren, 1884 est par exemple indiqué par Bianki (1904) comme sous-genre d'Aeshna.
1909 - Rhionaeschna Förster, 1902 mis en synonymie par Steinmann (1997) est considéré comme un genre valide. Steinmann (1997) fait de même pour Marmaraeschna Navás, 1911, Neureclipa Navás, 1911, Hesperaeschna Cockerell, 1912 des genres confondus avec Rhionaeschna par synonymie.
1932 (1934) - Secundaeschna Götz, 1923 (nomen novum) – L’histoire nomenclaturale se complique parallèlement : Götz (1923), traitant à tort Aeschna Illiger, 1801 comme un nom distinct de Aeshna Fabricius, 1775, propose Secundaeschna Götz, 1923 (nomen novum) comme nom de remplacement, avec Libellula juncea Linnaeus, 1758, pour espèce type. La reconnaissance de fait, d’Aeschna comme simple émendation orthographique rend Secundaeschna superflu ; cet épisode ne correspond donc à aucune modification morphologique ou systématique du genre. Ce nouveau nom sera inutilisé (ou presque) et Cowley (1934) le met en synonymie avec Aeshna.
1956 (2026) – Calvert (1956) recombine six genres dont cinq sont en définitive des Rhionaeschna, comme sous-genres d’Aeshna. Seul Aeshna (Aeshna) Fabricius, 1775, mais singulier, correspond de fait à Aeshna. C’est une équivalence peu utile désormais dans la mesure où actuellement Aeshna n’est pas décliné en sous-genres (com., 26 août 2026).
Évolution du concept d’Aeshna entre 1775 et 1850L’histoire du genre Aeshna entre Fabricius (1775) et de Selys Longchamps & Hagen (1850) traduit moins une accumulation de caractères qu’un changement progressif de méthode taxonomique. Fabricius (1775, 1777) individualise Aeshna parmi les trois grands genres Libellula, Aeshna et Agrion, en s’appuyant principalement sur les pièces buccales. Le genre reste alors vaste et hétérogène ; la forme de l’abdomen, les ailes, le dimorphisme sexuel ou les appendices, qui deviendront déterminants, interviennent encore peu dans sa définition. Ainsi Fabricius (1775) individualise le genre Aeshna des genres Libellula et Agrion sur la base de l'examen des pièces buccales. Il leur donne un sens qui lui est propre : on peut parler d'Aeshna selon Fabricius. Le genre Aeshna est alors un vaste ensemble qui n'a pas encore de rapport avec la famille des Aeshnidae car il couvre plusieurs familles actuelles. Leach in Brewster (1815) introduit une rupture majeure en contestant cette unité. Il extrait notamment Anax, Gomphus et Cordulegaster et privilégie des caractères de morphologie générale, particulièrement l’abdomen et les ailes postérieures du ♂. L’aposition entre Aeshna et Anax devient exemplaire : tous deux ont l’abdomen cylindrique, mais l’angle anal de l’aile postérieure caractérise le ♂ d’Aeshna. La diagnose devient ainsi comparative, définissant chaque genre par rapport aux genres voisins. On peut parler d'une nouvelle version d'Aeshna selon Leach qui va ensuite jalonner l'étude des Aeshnines. Cette conception de Leach n’est toutefois pas immédiatement adoptée et c'est l'option fabricienne qui est d'abord explorée. de Lamarck (1817), Boyer de Fonscolombe (1838) et Blanchard (1840) maintiennent des versions d'Aeshna plus larges. de Lamarck (1817) néglige notamment les caractères alaires employés par Leach ; Boyer de Fonscolombe approfondit surtout les pièces buccales et conserve par exemple dans Aeshna des formes aujourd’hui placées dans Cordulegaster ; Blanchard (1840) revient même aux trois grands genres traditionnels. Stephens (1835) réalise une première synthèse : aux caractères alaires et sexuels de Leach, il associe ceux de la tête, des yeux, des ocelles et de l’abdomen. Aeshna commence ainsi à être défini par une combinaison de caractères plutôt que par un appareil morphologique privilégié, en l'occurrence l'appareil bucal. La bascule vers le concept d'Aeshna selon Leach prend du corps. Autour de 1839 et 1840, Burmeister (1839), de Charpentier (1840) et de Selys Longchamps (1840) reconnaissent sensiblement les mêmes subdivisions de l’ancien Aeshna, mais divergent sur leur rang : groupes internes chez certains, elles deviennent des genres autonomes chez de Selys Longchamps. Le débat devient donc autant taxonomique que morphologique et se base sur la conception proposée par Leach. Notons que de Selys Longchamps (1840) accentue parallèlement l'importance des appendices abdominaux et des caractères comparatifs, tandis que les pièces buccales perdent leur rôle directeur. Rambur (1842), puis de Selys Longchamps & Hagen (1850), consolident cette évolution. L’ancien Aeshna de Fabricius est désormais largement fragmenté entre plusieurs genres individualisés et est devenu plus conforme à la version de Leach. La diagnose repose conjointement sur la tête et les yeux, l’abdomen, les appendices, les caractères sexuels ainsi que la forme et la nervation des ailes. État de la question en 1850En 1850, le principe moderne de délimitation du genre est donc acquis, même si son contenu spécifique reste à préciser : Aeshna n’est plus un vaste réceptacle défini principalement par les pièces buccales, mais un genre caractérisé par une combinaison de caractères permettant de le distinguer de ses proches voisins. Avec de Selys Longchamps & Hagen (1850), une première phase de l'histoire d'Aeshna peut être considérée comme achevée. Le vaste genre issu du démembrement des Libellula de Linné par Fabricius a été progressivement fractionné et plusieurs de ses composantes - Anax, Gomphus, Cordulegaster notamment - ont acquis leur autonomie selon la logique préparée par Leach. Aeshna n'est donc plus défini comme un ensemble résiduel de grandes Libellules, mais comme un genre appartenant à un groupe supragénérique dont les composantes sont comparées entre elles. En 1850, la méthode permettant de définir Aeshna est donc beaucoup plus proche de la systématique moderne que ne l'est encore nécessairement son contenu spécifique. La seconde moitié du XIXᵉ siècle et le XXᵉ siècle vont essentiellement approfondir ce travail : multiplication des genres d'Aeshnidae, exploration des faunes extra-européennes, étude beaucoup plus fine des caractères alaires, thoraciques et génitaux et, progressivement, démembrement des éléments non apparentés conservés dans Aeshna. À partir de la fin du XXᵉ siècle, une nouvelle question se substitue finalement à celle des ressemblances morphologiques : les espèces ainsi réunies constituent-elles réellement un groupe monophylétique ? Évolution du concept d'Aeshna depuis 1850L'histoire postérieure à 1850 diffère profondément de celle qui la précède. Entre Fabricius (1775) et de Selys Longchamps & Hagen (1850), le problème essentiel avait été de découvrir les caractères permettant de fractionner un vaste genre artificiel. Après 1850, l'existence des Aeshnidae et de plusieurs genres voisins n'est plus véritablement en cause. La question devient progressivement : quelles espèces appartiennent réellement à Aeshna ? La première réponse est encore essentiellement morphologique. L'exploration des faunes extra-européennes entraîne la description d'un grand nombre d'espèces ressemblant aux Aeshna holarctiques. Le genre tend donc de nouveau à s'élargir, cette fois non par conservation de l'ancien système fabricien, mais par attribution à Aeshna d'espèces africaines, asiatiques, néotropicales ou australiennes présentant une combinaison générale de caractères compatible avec sa diagnose. Martin (1908) représente bien l'aboutissement de cette phase : la morphologie est devenue extrêmement précise, mais la ressemblance morphologique demeure le principe directeur. Martin (1908) dresse une clé révisée du genre et Oguma (1926) fait de même pour les espèces du Japon, alors que Bartenev (1930) en dresse une pour les espèces du Paléarctique. Walker (1912) illustre ensuite un approfondissement remarquable de cette méthode. Les espèces ne sont plus seulement distinguées par quelques caractères génériques : appendices, dessins thoraciques et abdominaux, nervation, dimorphisme sexuel et variations sont examinés systématiquement. Le genre devient ainsi plus facile à diagnostiquer et subdiviser morphologiquement, sans que cette précision démontre pour autant que toutes ses espèces partagent une histoire évolutive exclusive. C'est cette distinction entre ressemblance et parenté qui transforme la seconde moitié du XXᵉ siècle. Les classifications phylogénétiques de Peters (1987), Bechly (1996) puis surtout l'analyse cladistique de von Ellenrieder (2002) imposent une exigence nouvelle : un genre ne doit pas seulement être reconnaissable ; il doit, autant que possible, représenter un groupe monophylétique. Natalia von Ellenrieder rappelle d'ailleurs explicitement qu'Aeshna avait déjà été considéré comme non monophylétique par Peters (1987) et Bechly (1996), même si les données disponibles en 2002 ne permettaient pas encore de résoudre définitivement la question. Cette nouvelle lecture explique les démembrements qui suivent. Leur logique est assez différente de celle de Leach en 1815. Leach découvrait des ensembles morphologiquement différents à l'intérieur du vaste Aeshna de Fabricius ; les auteurs des XXᵉ et XXIᵉ siècles cherchent désormais à savoir si des espèces morphologiquement proches d'Aeshna lui sont réellement apparentées. Le cas néotropical est particulièrement démonstratif. Förster avait proposé Rhionaeschna dès 1909, mais le nom était resté longtemps peu utilisé et Walker (1912) traitait encore ces espèces parmi les Aeshna. von Ellenrieder (2003), dans une révision de 140 pages consacrée aux «Aeshna» néotropicaux, réhabilite Rhionaeschna et conclut que le nom Aeshna doit être restreint au groupe holarctique comprenant son espèce type, Libellula grandis Linnaeus, 1758. C'est probablement l'une des étapes les plus importantes de toute l'histoire moderne du genre. Le même phénomène se reproduit avec les espèces africaines. Peters & Theischinger (2011) montrent que les «Aeshna» afrotropicaux ne constituent pas simplement une branche africaine du genre : ils appartiennent à plusieurs monophylums qui ne sont eux-mêmes pas immédiatement apparentés. Afroaeschna, Pinheyschna et Zosteraeschna sont alors distingués. Ainsi, la géographie que l'on observait empiriquement dans les classifications anciennes reçoit progressivement une interprétation phylogénétique. La phylogénie moléculaire ouvre enfin une troisième phase. Les caractères morphologiques ne sont pas abandonnés - ils restent indispensables à la diagnose - mais ils peuvent désormais être confrontés à des données indépendantes. L'analyse de Schneider & al. (2023) est particulièrement intéressante de ce point de vue : le genre Aeshna considérablement restreint par deux siècles de taxonomie apparaît globalement cohérent dans les analyses COI et combinées, mais par exemple Aeshna isoceles s'en écarte systématiquement. L'espèce, pourtant familière aux odonatologues européens sous le nom d'Aeshna isoceles, devient donc Isoaeschna isoceles. J'avais dès 2004, suivant les proposition de Bechly ([2004]) proposé les genres Simaeschna et Simanax pour dégager certaines Æschnes européennes qui n'étaient pas de véritables "Aeshna" ; Isoaeschna est le nom qui a été retenu par la Communauté odonatologique pour mon Simanax. La trajectoire historique est ainsi presque inverse entre les deux périodes. De 1775 à 1850 : on apprend à diviser Aeshna, de 1850 aux années 1980, on apprend à décrire avec une précision croissante les espèces que l'on y place. Depuis la fin du XXᵉ siècle : on vérifie si ces espèces appartiennent réellement à la même lignée évolutive. Le résultat est un genre beaucoup plus petit, mais dont la signification biologique est beaucoup plus forte et une vaste révision phylogénétique de l'Aeshna de Fabricius ou de Leach. Le premier auteur introduit le nom en 1775, le second circonscrit en 1815 le champ des investigations qui sera l'objet d'une longue maturation de la méthode tant morphologique, que plus récemment génétique conduisant à un concept moderne du genre Aeshna.
CD - Niort le 25 août 2026
|
Descriptions du genre
- Fabricius (1775) - Depuis Libellula : Libellula, Agrion et Aeshna - Fabricius (1777) - L'auteur décrit de manière méthodique les trois genres d'Odonates qu'il distingue. On retiendra la présence de pièces buccales cornées, les antennes courtes et filiformes aux articles très brefs, la larve agile avec une pièce buccale articulée (le masque), espèces prédatrice à tous les stades du développement. De manière notable, le plan fixe utilisé par Fabricius (1777) ne conduit pas à des descriptions fondamentalement différentes pour les deux autres genres (Libellula et Agrion), seules les pièces buccales viennent les distinguer. Dans les fait les Aeshna correspondent alors aux Anisoptères qui ne sont pas de Libellulidae.
- Leach in Brewster (1815) - Cet auteur range ce genre dans la famille des Æshnides. Il est présenté par Fabricus et il était chez Libellula pour Linnaeus et Donovan. Il forge depuis Aeshna de nouveaux genres : Cordulegaster, Gomphus, Anax associés à Aeshna (qui est donc réduit) et Leach (1815) ajoute en outre le genre Petalura. - Il se caractérise par des ailes des ♂ avec un angle anal et un abdomen cylindrique, non clavé, pour les deux sexes. Chez les Cordulegaster l'abdomen est clavé chez le ♂, chez Gomphus c'est le cas pour les deux sexes alors que les Anax se distinguent par l'absence d'angle anal aux ailes des ♂, ayant tout comme les Aeshna un abdomen cylindrique. Il ne cite qu'une seule espèce : Aeshna grandis. A ce stade les Aeshna associés aux Anax s'approchent de la définition d'Aeshnidae. Notons que Stephens (1835) dit que le splitage de Leach a opéré en 1810 et que celui-ci n'est pas appliqué par les auteurs du continent [qui restent sur Aeshna seulement]. Il s'agit en définitive d'un manuscrit de Leach datant de 1810 qui doit être considéré ici (com., 2026).
- de Lamarck (1817) - L'auteur inclus les genres Cordulegaster, Gomphus et Anax décrits par Leach dans ses Oeshna [sic !]. Leurs antennes sont courtes, filiformes et subulées. La bouche est en partie masquée comme chez les Libellula, celle-ci se caractérisant par une échancrure au niveau de la lèvre inférieure. Cette dernière est aussi large que les latérales. La tête est grosse hémisphériques, sans structure globuleuse au niveau de l'arrière, les ocelles se plaçant sur une ligne transverse. L'abdomen est long, subcylindrique.
- Stephens (1835) - Cet auteur fait une description complète et précise de ce genre qu'il écrit Æshna. Le labium est proche de celui d'Anax, les mandibules sont dentées. La tête est semi-globuleuse avec un front proéminent et vésiculeux. Les yeux sont contigus et les ocelles sont placés selon une ligne. Abdomen allongé et cylindrique. Les ailes postérieures du ♂ sont anguleuses en arrière ce qui est un élément de distinction avec Anax qui les a arrondies.
- Boyer de Fonscolombe (1838) - Au niveau de la bouche, le labre est transverse, arrondi sur les côtés et en avant, le côté antérieur est cilié. Les mandibules sont très épaisses, à peu près triangulaires, terminées par un crochet épais possédant trois dents. Les mâchoires sont un peu renflées en dessous. Elles ont cinq dents assez longues, crochues. La lèvre est grande composée de plusieurs pièces et elle couvre en dessous toute la bouche ; elle est composée de cinq pièces. Quelques différences existent au sens de ce genre selon les espèces. L'auteur souligne que les différences sont légères entre ce genre et celui de Libellula et semblent se limiter seulement à quelques caractéristiques de la lèvre. La tête est hémisphérique et ne présente pas de vésicule en arrière. Les ocelles (yeux lisses) sont placés en ligne transverse presque droite, mais disposées en triangle chez Aeshna annulata. Nous voyons dans cet exemple encore la pertinence médiocre à vouloir séparer les genres d'Odonates sur la base des parties buccales, d'autres critères mériteront d'être explorés (C.Deliry, com.pers., 26 août 2020).
- Burmeister (1839) - Cet auteur traite le genre Aeshna de Fabricius en deux parties : les Diastatomma qui correspondent en première approche aux Gomphidae et les Aeschna [sic !] qui couvre les autres espèces du genre initial. Il évoque au sein de son Aeschna le genre Thecaphora (groupe A) attribué à de Charpentier et correspondant en fait à nos Cordulegaster. Son groupe C est associé au genre Cyrtosoma ce qui correspond aux Anax.
- Blanchard (1840) - L'auteur présente les Libellules sous les trois genres usuels à l'époque : Libellula, Aeshna et Agrion. Les Aeshna ont une tête globuleuse comme les Libellula, mais avec les ocelles situés sur une simple élévation transversale. Ailes tenues horizontalement. Abdomen étroit ét allongé en forme de baguette presque cylindrique. Le genre Petalura de Leach est fondu par Blanchard (op.cit.) dans le genre Aeshna. Les larves ont un corps plus allongé (recte hic) que chez les Libellula.
- de Selys Longchamps 1840 - L'auteur scinde le genre Libellula en Libellula, Libella[1] et utilise le genre Cordulia déjà présenté par Leach (in Brewster 1815). Pour le genre Aeshna il impose les genres - déjà définis - Lindenia, Gomphus, Cordulegaster, Aeschna et Anax. Il utilise côté Agrion, Calepteryx, Lestes, Sympecma et Agrion. Le genre Sympecma paraît nouveau. En effet, il n'a été que cité par Burmeister (1839), sans description (nomen nudum). - Les appendices abdominaux des Aeshna sont longs, plus ou moins lancéolés pour les deux sexes. Le bord anal des ailes postérieures est anguleux chez le ♂ (différent d'Anax). Les yeux sont contigus.
Espèces
Aeshna, Aeshna affinis (→ Simaeschna affinis : Amphiaeschinae), Aeshna annulata (nomen dubium), Aeshna athalia, Aeshna brevistyla (→ Adversaechna brevistyla), Aeshna caerulea, Aeshna canadensis, Aeshna caseneuvensis Ŧ, Aeshna clepsydra, Aeshna constricta, Aeshna crenata, Aeshna cyanea, Aeshna eremita, Aeshna frontalis, Aeshna grandis, Aeshna grandis gr., Aeshna interrupta, Aeshna isoceles (→ Simanax isoceles → Isoaeschna isoceles : Anactinae), Aeshna juncea, Aeshna lucia (→ Simaeschna lucia (nomen dubium) : Amphiaeschinae), Aeshna mixta (→ Simaeschna mixta → Simaeschna colubercula : Amphiaeschinae), Aeshna palmata, Aeshna persephone, Aeshna petalura (→ Indaeschna petalura : Indaeschninae), Aeshna septentrionalis, Aeshna serrata, Aeshna shennong, Aeshna sitchensis, Aeshna soneharai (→ Simaeschna soneharai : Amphiaeschinae), Aeshna subarctica, Aeshna tuberculifera, Aeshna umbrosa, Aeshna undulata (→ Aeshna juncea), Aeshna vercanica, Aeshna verticalis, Aeshna viridis, Aeshna walkeri, Aeshna williamsoniana
Références
Abbott C.E. 1926 - Death feigning in Anax junius and Aeschna. - Psyche, 33 : 8-10.
[a] Bartenev A.N. 1929 - Neue Arten und Varietaten der Odonata des West-Kaukasus. - Zoologischer Anzeiger, 85 (3/4) : 54-68.
[b] Bartenev A.N. 1929 – Über die Artengruppen Aeschna juncea und Aeschna clepsydra in dem paläarctischen Gebiete. – Trudy Severo-kavkazskoi assotsiatsii nauchno-issledovatel’sk, 54 : 1-65.
Bechly G. 1996 - Morphologische Untersuchungen am Flügelgeäder der rezenten Libellen... - [Etudes morphologiques des nervures alaires des libellules...]. - Petalura, n° special, 2 : 402 pp.
[Bechly G. 2004-2014] - Phylogenetic Systematics of Odonata. - [ONLINE]. [à préciser !]
Belevich O.E. 2005 - Odonates du genre Aeshna (Odonata, Anisoptera) dans le Paléarctique. [en russe] - Thèse, univ. Novosibirsk. - PDF LINK
Belevich O.E. 2009 – A Key to Palaearctic Dragonflies of the Genus Aeschna Fabricius, 1775 (Odonata, Aeschnidae). – Entomol. Review, 89 (2) : 111-115.
Blanchard C.E. 1840 - Histoire naturelle des insectes : Orthoptères, Névroptères, Hémiptères, Hyménoptères, Lépidoptères et Diptères. - Duméril, Paris : 672 pp. - ONLINE
Boyer de Fonscolombe M. 1838 - Monographie des Libellulines des environs d'Aix. Deuxième et troisième parties. - Annales de la Société Entomologique de France, 7 : 75-106 + 547-575. - ONLINE
Brewster D. (ed.) 1815 - The Edinburgh Encyclopaedia. - Edinburgh, Vol. 9. - [Leach : Odonata : 136-137]. - ONLINE
Burmeister H. 1839 - Handbuch der Entomologie. - Enslin, Berlin [Libellulina : 805-862]. - ONLINE
Calvert P.P. 1905 - Odonata. - In : Godman F.D. & Salvin O. (eds) - Biologia Centrali-Americana. Insecta. Neuroptera. - R.H. Porter & Dulau Co., London : 145–212. - ONLINE
Calvert P.P. 1912 - The North American dragonflies of the genus Aeshna. - Ent. News, 23: 283-286
Calvert P.P. 1938 - The larval development of dragonflies of the genus Aeshna. - Science, 87 : 393-394.
Calvert P.P. 1956 - The Neotropical species of the 'subgenus Aeshna' sensu Selysii 1883 (Odonata). - Memoirs of the American Entomological Society, 15 : 1-251.
Modèle:Cockerell1912
[Cordier J.Y. 2017] - Zoonymie des odonates. Le nom de genre Aeshna Fabricius 1775. - BLOG
Cowley J. 1934 - Changes in the generic names of the Odonata. - The Entomologist, 67 : 200-205.
Dale J.C. 1838 - Aeshna versus Aeschna. - The Naturalist, III - [Texte non trouvé dans la revue indiquée : c'est une référence bibliographique douteuse].
de Charpentier T. 1825 - De Libellulinis europaeis In : Horae entomologicae. - Wratislaviae. - ONLINE
de Charpentier T. 1840 - Libellulinae europaeae. - Leopold Voss, Lipsiae. - ONLINE
de Geer K. 1779 - Abhandlungen zur Geschichte der Insekten. - Nurnberg. - ONLINE
de Selys Longchamps E. 1839 - Description de deux nouvelles espèces d'Aeshna du sous-genre Anax (Leach). - Bull. de l'acad. de Bruxelles, 6 (2) : 368-393.
de Selys Longchamps E. 1840 - Monographie des Libellulidées d'Europe. - Roret, Paris ; Muquardt, Bruxelles. - ONLINE
de Selys Longchamps E. & Hagen H.A. 1850 - Revue des Odonates ou Libellules d'Europe. - Muquardt, Bruxelles & Leipzig, Roret, Paris : XXII + 408 pp. + 11 pl. - ONLINE
Deliry C. 2018 - Les Odonates du genre Aeshna Fabricius, 1775. - Histoires Naturelles n°53.
[Deliry C. 2020] - Odonates du Monde. - Histoires Naturelles, première mise en ligne en 2004. - odonates.net
[Deliry C. 2021] – Trois « fausses » Aeshna en Europe et premières propositions. – Nomina Odonata, 27 août 2021. – ONLINE
[Deliry C. 2023, 2025] - Odonates du Monde. - Histoires Naturelles, première mise en ligne en 2004. - odonates.net
[a] [Deliry C. 2026] - Odonates du Monde. - Histoires Naturelles, première mise en ligne en 2004. - odonates.net
[b] [Deliry C. 2026] – Comme un abracadabra : l’histoire du nom Aeshna. – Ⓑlog Histoires Naturelles (Odonates du Monde), 26 août 2026. – ONLINE
de Lamarck J.B. 1817 - Histoire naturelle des animaux sans vertèbres. Tome quatrième. - Paris. - ONLINE
Fabricius J.C. 1775 - Systema Entomologiae. - Flensburgi & Lipsiae. - ONLINE
Fabricius J.C. 1776 - Genera insectorum. - M.F.Bartschii, Chilonii : XVI + 310 pp.
Illiger J.K. 1801 - Namen der Insekten-Gattungen, ihr Genitiv, ihr grammatisches Geschlecht, ihr Silbenmass, ihre Herleitung; zugleich mit den Deutschen Benennungen. - [Les noms des genres d'insectes, leur génitif, leur genre grammatical, leur nombre de syllabes, leur étymologie ; accompagnés des noms allemands correspondants.] (en allemand) - Magazin für Insektenkunde, 1 : 125–155. - ONLINE
Komnick H. & Kukulies J. 1987 - Cytology of the midgut epithelium of Aeshna larvae (Insecta, Odonata). - Zoomorphology, 107 (4) : 241-253.
[Leach W.E. 1810] - Manuscrit (Mss). - Document manuscrit.
Leach W.E. 1815 - The Zoological Miscellany : being descriptions of new or interesting animals. - E. Nodder & Son, London, Vol 2 : 95-96 + pl.95. - ONLINE
Martin R. 1908–1909 – Aeschnines. Collections zoologiques du Baron Edm. de Selys Longchamps. Catalogue systématique et descriptif. fasc. 18–20. - Bruxelles : Hayez, Imprimerie des Académies, 223 pp. - [La publication est répartie en trois fascicules : 18 (1908), pp. 1–84 ; 19 (1909), pp. 85–156 ; 20 (1909), pp. 157–223.] - ONLINE
Meisser (Dr) 1831 - Dictionnaire géographique de la province de Liège. - Bruxelles : [de Selys Longchamps E.] : Insectologie : Névroptères : appendice : 57-58. - ONLINE
Meland S. & al. 2019 - Road related pollutants induced DNA damage in dragonfly nymphs (Odonata, Anisoptera) living in highway sedimentation ponds. - [Les polluants routiers ont causé des dommages à l'ADN chez les nymphes de libellules (Odonata, Anisoptera) vivant dans les bassins de sédimentation des routes.] - Scientific Reports, 9. - PDF LINK
Muffet T. [réd. ca 1589-90] 1634 - Insectorum sive Minimorum Animalium Theatrum. - Réd. ca.1589-90, éd. 1634 – Londini. - ONLINE
Muttkowski R.A (subm.) 1958 - [Ré-édition] - Opinion 34. Æshna vs Æschna. - In : Hemming F. (secr.) - Opinions and declaration rendered by the International Commission on Zoological Nomenclature, vol.1 sect.B. - Intern. Trust for Zoological Nomenclature & ICZN, London : 79-81 - ONLINE
Ŧ - Nel A. & al. 2022 - The second oldest representative of the genus Aeshna (Odonata: Aeshnidae) found in the lowermost Oligocene of Luberon (France) and revealed by UV light. - Historical Biology, 36 (13) : 1-5.
Stephens F.J. 1835 - Illustrations of British Entomology. - London. - ONLINE
Liens Internets (Webographie)
> Zoonymie des Odonates - Aeshna
Communiqués, notules et Évenements (Liste)
- 27 août 2021 - Les genres d’Odonates attribués à Burmeister (1839) - Nomina Odonata : 27 août 2021. - (pdf ➚)
- 31 janvier 2024 - Trois « fausses » Aeshna en Europe et premières propositions - (première mise en ligne le 27 août 2021) Nomina Odonata, (27 août 2021) Ⓑlog

