Calopteryx virgo (Linnaeus, 1758)
Linnaeus C. 1758 – Systema naturae per regna tria naturae. 10ᵉ édition, volume 1. – Holmiae. • [Genre 207 : espèce 8 : p. 544]
LT – localité type : Europe, probablement matériel au moins partiellement suédois ; à résoudre par examen de la collection linnéenne et des éventuelles désignations typologiques ultérieures.
• Libellula virgo Linnaeus, 1758
• Libellula virgo var. δ Linnaeus, 1758
• Calopteryx virgo Linnaeus, 1758 [espèce]
• Calopteryx virgo virgo Linnaeus, 1758 [sous-espèce]
- [Ulrique] (Geoffroy, 1762)
- Libellula splendeo Harris, 1780
- Agrion xanthostoma de Charpentier, 1825 partim [?]
- Agrion nicaeensis Risso, 1826 (nomen oblitum)
- Calopteryx [race méridionale] de Selys Longchamps, 1850
- Calopteryx virgo meridionalis de Selys-Lonchamps, 1873 (nomen protectum) [sous-espèce]
- Agrio cyaneus de Selys Loncghamps in Meisser, 1831
- Agrio oeneus de Selys Longchamps in Meisser, 1831
- Agrion festiva Brullé, 1832
- Calopteryx virgo festiva (Brullé, 1832) [sous-espèce]
- Calopteryx virgo padana Conci, 1946 [à vérifier !]
- Calopteryx virgo festiva f. padana Conci, 1946 [forme]
- Calopteryx virgo festiva f. schmidti Conci, 1957
- Calopteryx virgo padana Conci, 1946 [à vérifier !]
- Calopteryx virgo festiva (Brullé, 1832) [sous-espèce]
- Calepteryx anceps Stephens, 1835
- Calepteryx ludoviciana Stephens, 1835
- Agrion colchicus von Eichwald, 1837
- Agrion vesta de Charpentier, 1839 [?]
- Calopteryx inornata de Selys Longchamps, 1840
- Calepteryx haemorrhoidalis Evans, 1845 (nec Vander Linden, 1825)
- Calopteryx virgo var. occitanica Walker, 1853
- Calopteryx virgo var. typica Walker, 1853
- Calopteryx violacea Dziedzielewicz, 1902
- Calopteryx virgo britannica Conci, 1952
- Calopteryx pseudoneurobasis St. Quentin, 1958
- Calopteryx virgo feminalis Kosterin, 2017 [sous-espèce]
Ulrica [Linnaeus 1746], Ulrique [Geoffroy 1762], Libellule vierge [Olivier, 1792], Agrion vierge [Latreille, 1805], Caloptéryx vierge [de Selys Longchamps & Hagen 1850, Dommanget 1987], Louise, Bellaile des Vestales
(en) Beautiful Demoiselle – (cn) 少女色蟌
Etymologie – L’épithète virgo signifie en latin « jeune fille », « vierge ». Le choix est particulièrement intéressant dans le contexte linnéen. En effet, Linnaeus employait déjà Ulrica en 1746, et l’histoire des noms vernaculaires associés aux Caloptéryx comporte une dimension galante assez inhabituelle qui a engendré une brève tradition de désignation des Demoiselles, telles qu’on les appelaient toutes à l’époque, y compris les Anisoptères en français tout particulièrement reprise chez Geoffroy (1762) (com., 24 août 2026).

©© bysa – Göran Liljeberg, Hallvard Elven (Muséum d’Histoire Naturelle de l’Université d’Oslo)
LC UICN
Commentaires taxonomiques
Cordulia aenea ###
| 1758 – Libellula virgo Linnaeus, 1758 – La Libellula virgo de Linnaeus (1758) inclu sans conteste, parmi ses variétés, Calopteryx splendens. En définitive seule la quatrième variété, Libellula virgo var. δ correspond à la véritable Calopteryx virgo. Harris (1780) traite deux taxons, Libellula splendeo qui correspond à Calopteryx virgo et Libellula splendens qui est le protonyme de Calopteryx splendens. Toutefois cette option n’est pas repérée par les auteurs et ce n’est qu’au milieu du XIXᵉ siècle que la virgo de Linnaeus (1758) sera traitée au sens strict (de Selys Longchamps & Hagen 1850) et que les deux espèces seront bien distinguées par la communauté odonatologique. |
| 1780 – Libellula splendeo Harris, 1780 |
| 1825 – Agrion xanthostoma de Charpentier, 1825 |
| 1826 (2019) – Agrion nicaeensis Risso, 1826 est à mon sens synonyme de la meridionalis, essentiellement pour une raison biogéographique évidente, puisque ce nom correspond à des spécimens de la région de Nice (Alpes-Maritimes) (Deliry 2019a, 2019b). On doit le considérer comme un nom oublié : Agrion nicaeensis Risso, 1826 (nomen oblitum) |
| 1850 – Calopteryx virgo var. festiva (Brullé, 1832) (comb. nov., var.) – de Selys Longchamps & Hagen (1850) en font une variété, ce qui selon le Code vaut à l’époque pour sous-espèce : Calopteryx virgo festiva (Brullé, 1832). C’est ainsi que je la présente (Deliry [2018]). Ce taxon est parfois envisagé comme une bonne espèce. |
| … 1850 – Calopteryx virgo (Linnaeus, 1758) se trouve chez … de Selys Longchamps & Hagen (1850)… |
| 1873 – Calopteryx virgo meridionalis de Selys Longchamps, 1873 est postérieur à Agrion nicaeensis Risso, 1826 (Deliry 2019a, 2019b). Il s’agit de considérer ce nom comme protégé : Calopteryx virgo meridionalis de Selys Longchamps, 1873 (nomen protectum) |
| 2019 – Calopteryx virgo nicaeensis (Risso, 1826) – Ayant découvert que ce nom correspondait à Calopteryx virgo meridionalis de Selys Longchamps, 1873 et qu’il avait la priorité, je l’ai considéré un temps (Deliry 2019a, 2019b) avant de le considérer comme nom oublié. |
Il s’agit d’une espèce valide
Linnaeus (1758) fait une description brève de l’espèce (genre 207, espèce 8 : p.544) qui inclus Somatochlora flavomaculata. Il fait référence à l’illustration de Roessel von Rosenhof (1749 : pl.5 fig.2) que j’ai vérifiée comme conforme ([2023]). Une description plus détaillée est donnée par Linnaeus en 1761. Libellula aenea (espèce n°1466) est présentée sous deux variétés α, celle-ci étant apposée à une variété β, aussi désignée sous Libellula viridi-inaurata (= Cordulia aenea). La première variété décrite abdomen flavum marginalis, correspond à mon avis à Somatochlora flavomaculata (com., 2023). La collection de la série type comprend les deux espèces : l’actuelle Cordulia aenea, un nom consolidé en 2005 par l’ICZN (opinion 2110) et Somatochlora flavomaculata. Ma synthèse historique, morphologique et phylogénétique (Deliry [2026a]) démontre je pense clairement, l’existence de trois espèces de Cordulies : Cordulia aenea, Cordulia amurensis (stat. nov.) et Cordulia shurtleffii.
Espèces dérivées et formes
- Cordulia amurensis [de Selys Longchamps, 1887] – [bona sp., Deliry [2026a]]
- Cordulia aenea f. brachycerca Goenther, 1948 – Appendices anaux des ♀ courtes.
- Cordulia aenea f. longicauda Goenther, 1948 – Appendices anaux des ♀ longues.
- Cordulia aenea f. tatrica Dziedzielewicz, 1902 – Marques jaunes allongées sur le front.
Répartition
Cordulia aenea est une espèce boréo-tempérée eurasienne, largement présente en Europe et jusqu’en Sibérie, mais dont la distribution devient plus discontinue vers le sud. Elle est absente de la péninsule Ibérique et était autrefois signalée en Afrique du Nord. Les données anciennes provenant d’Algérie sont considérées comme suffisamment crédibles pour envisager une ancienne population relictuelle, aujourd’hui disparue : l’espèce est donc considérée comme régionalement éteinte en Afrique du Nord ([2026]).
Cordulia aenea s.str. (cf. Cordulia aenea aenea) est une espèce boréo-tempérée eurasienne, présente en Europe et en Sibérie occidentale (Borisov 2022). Cordulia amurensis (cf. Cordulia aenea amurensis) se trouve en Sibérie orientale jusqu’au Japon ([2026]).
Elle est indiquée en Suède (viridi-inaurata : Linnaeus 1741, 1761), Allemagne (ill. : Roessel von Rosenhof 1749). Europe (Linnaeus 1758). Au Danemark (Brunnich 1761), en France (Aminthe : Goeffroy 1762 ; Libellula aenea : de Geer 1771). Elle n’est connue en Algérie (de Selys Longchamps 1871, Martin 1910) que par quelques spécimens et n’ayant jamais été retrouvée, elle est considérée comme éteinte en Afrique du Nord (Boudot & al. 2009). En Europe, elle est largement distribuée mais beaucoup plus discontinue au sud, notamment dans les massifs et régions présentant encore des eaux permanentes fraîches appropriées (Boudot & Kalman 2015). On ne trouve pas cette espèce dans la Péninsule ibérique, par contre elle occupe les îles britanniques ([2024]).
De récentes découvertes faites en Irlande (Drinan & al. 2011) éteint notablement l’aire de cette espèce dans le pays suite à sa découverte sur certains sites du Connemara. Elle a été découverte en Arménie et en Goergie (Durand 2019), ainsi qu’en Thrace (Turquie : Karagöz & Hacet 2025). C’est globalement une espèce montrant des signes de déclin local ([2019]). On constate des pertes ou des contractions locales liées aux transformations des zones humide, mais les populations du cœur septentrional et continentale de l’aire restent encore importantes et quelques découvertes périphérique sont souvent dues à de meilleures prospections. Ainsi en Grande-Bretagne certaines populations historiques ont disparu alors que des noyaux importants subsistent par ailleurs. En Irlande sa découverte de stations inconnues dans le Connemara modifient la compréhension de la répartition de l’espèce. Elle pourrait être apparue (nouveautés) dans le Caucase et en Anatolie entre la fin des années 2010 et les années 2020 ([2026]).
Données historiques et extinction régionale en Afrique du Nord
La présence actuelle de Cordulia aenea en Afrique du Nord n’est pas démontrée. En revanche, il existe des indices crédibles d’une présence historique en Algérie, provenant de deux sources anciennes indépendantes (de Selys Longchamps 1871, Martin 1910) et fondés, au moins pour partie, sur des spécimens. Martin (1910) mentionne un ou deux individus provenant de la province d’Oran ainsi qu’un spécimen récolté en avril au lac des Oiseaux. Ces anciennes mentions algériennes n’ont toutefois jamais été confirmées par les prospections ultérieures (Samraoui & Menaï, 1999, Boudot & al. 2009, Khelifa & al. 2011…). Boudot & al. (2009) retiennent ainsi uniquement l’Algérie (avec données anciennes à confirmer) parmi les pays nord-africains et classent Cordulia aenea comme éteinte en Afrique du Nord. Les évaluations régionales ultérieures la considèrent également comme régionalement éteinte (RE), et plus précisément comme disparue du nord-est de l’Algérie (Boudot & al. 2009). Les données anciennes sont néanmoins difficiles à écarter comme de simples erreurs, notamment parce que les deux mentions historiques sont indépendantes et auraient été appuyées par des spécimens de référence (Kalkman & Lohr in Boudot & al. 2015). Ainsi, l’hypothèse la plus parcimonieuse est celle d’une présence ancienne, probablement relictuelle, de Cordulia aenea en Algérie, suivie d’une extinction régionale, plutôt que celle d’une présence actuelle non détectée. Aucun élément historique ou contemporain comparable ne permet de retenir sa présence au Maroc, en Tunisie, en Libye ou en Égypte (com., 22 août 2026).
Habitats
Son habitat typique comprend surtout des étangs, petits lacs et autres eaux stagnantes ou très lentes, souvent en contexte boisé, même si elle peut également se reproduire dans des tourbières ouvertes. Les ♂ patrouillent à faible hauteur le long des rives tandis que les ♀ viennent plus ponctuellement à l’eau, notamment pour s’accoupler et pondre ([2026]).
L’habitat typique de cette espèce correspond à des eaux stagnantes ou très faiblement courantes, souvent des étangs et petits lacs associés à un environnement boisé. Le lien avec les étangs forestiers est particulièrement classique en Europe occidentale et en Grande-Bretagne ([2026]), toutefois la découverte de la reproduction de l’espèce dans des landes tourbeuses ouvertes en sans arbres en Irlande (Drinan & al. 2011) est à souligner. Les habitats sont de dimension variable et vont de la mare à l’étang, plus exceptionnellement sur des lacs ou des gravières, ainsi qu’en altitude sur certaines tourbières avec des surfaces en eau suffisantes ([2024]). L’altitude de 1800 (2700) m est atteinte ([2019]). Les nymphes vivent parmi les substrats et structures littorales, la végétation aquatique et les accumulations organiques ([2026]).
La prédation par des Poissons est envisagée expérimentalement alors que les nymphes sont nettement plus abondantes en absence qu’en présence de Poissons rouges (Carassius auratus) (Jugovic & al. 2026). Après l’émergence, les immatures quittent généralement l’eau et exploitent les milieux terrestres environnants pour leur maturation. Ils peuvent se tenir dans les boisements et canopées, raison pour laquelle les adultes sont parfois beaucoup moins visibles que ne le laisserait supposer l’abondance des exuvies ([2026]). Les ♂ patrouillent à faible hauteur au-dessus de l’eau des rives (0,5 à 1,0 m), alternant des phases de vol stationnaire et de défense d’un secteur ([2026]). L’abdomen fléchi en arc vers l’arrière permet de les distinguer, ainsi que leur aspect métallique bronze et non étincelant comme chez Somatochlora metallica qui vole de la même manière, mais alternant moins souvent les vols stationnaires et avec des déplacements plus affirmés et moins d’hésitation par exemple à explorer les anses du rivage ([2024]). Les travaux britanniques ont même étudié le partage temporel des secteurs de rive entre ♂, montrant que tous les individus ne défendent pas continuellement le même emplacement (Brook & al. 1997). Les ♀ sont notablement plus discrètes à l’eau et viennent principalement pour l’accouplement et la ponte qu’elles réalisent en solo, ce qui crée un biais d’observation très fort en faveur des ♂ ([2024]).
Phénologie
C’est une libellule relativement précoce : sa période de vol s’étend principalement d’avril à juillet, parfois jusqu’en août en altitude. Des mentions très précoces sont rapportées exceptionnellement dès février ([2019]). Son développement larvaire dure généralement deux ans dans les conditions favorables de plaine, mais peut atteindre cinq ans en altitude ([2024]).
Elle vole dès avril dans le sud de son aire, mais pas avant la mi-mai dans le nord. En Irlande on ne l’observe que de mi-juin à mi-juillet généralement. Les derniers spécimens volent début août, et les stations d’altitude dans les Alpes permettent de telles observations lorsque la chute des températures n’est pas trop forte au cours de l’été ([2026]).
Références
- Aristote ca.343 BC – ###


