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Déplacement de la limite de répartition entre les deux sous-espèces en France et difficultés quant à la qualité des déterminations
Ce paragraphe est un fort résumé des résultats de mes observations et recherches sur les sous-espèces en France (com. pers., 28 août 2026).
La limite entre la sous-espèce type et la sous-espèce meridionalis s’est déplacée au cours des dernières décennies. Dans les années 1980, je l’avais clairement localisée, dans l’est du pays, au niveau du nord des départements du Rhône et de l’Isère ; la situation était plus confuse en Savoie et Haute-Savoie, où une analyse de mes anciens carnets mériterait d’être réalisée. On trouvait en particulier dans l’Isle Crémieu (Isère) des populations que je qualifiais d’"intermédiaires" (ailes complètement assombries), sur une bande de quelques dizaines de kilomètres tout au plus. L’Atlas dynamique de France en reste à une lecture figée de la littérature, dessinant une limite allant de Nantes à Grenoble, conforme à mes observations des années 1980.
Mes analyses récentes des nombreuses photographies disponibles pour le pays, ainsi que mes propres observations rhônalpines, révèlent la quasi-disparition des phénotypes ♂ de Calopteryx virgo virgo : je n’en trouve plus en Rhône-Alpes et j’en avais encore observé très localement dans les Hautes-Alpes. L’authentique phénotype de Calopteryx virgo meridionalis ne semble guère avoir déplacé sa limite septentrionale, quoique des ♂ présentant ce phénotype s’observent par exemple en Belgique. C’est surtout la forme "intermédiaire" qui a progressivement noyé le paysage et que l’on rencontre désormais jusque dans le nord du pays.
Les déterminations proposées, parfois à partir d’un seul individu, n’ont guère de valeur, pas plus que celles des bases de données qui systématisent l’une ou l’autre des deux sous-espèces selon des principes biogéographiques. J’ai même établi que, dans les zones de contact, seul l’examen des ♀ permettait de conclure quant à la sous-espèce. Il convient d’examiner le ventre thoracique de plusieurs ♀ : on observe alors soit des spécimens virgo, soit des spécimens meridionalis, soit des mélanges, avec souvent des cas intermédiaires. L’examen des ♂ dans ces zones de contact, même sur plusieurs individus, brouille au contraire les déterminations. Beaucoup trop peu de données reposent sur l’examen des phénotypes de plusieurs ♂, et moins encore sur l’examen précis des ♀. Il faut considérer la population d’une localité dans son ensemble et non un ou quelques individus. Je préconise l’examen d’au moins 5 à 10 ♀ (ventre thoracique) (et accessoirement d’autant de ♂), tout particulièrement en présence de spécimens intermédiaires ou variants.
Faute de déterminations rigoureuses, une première approche consiste à examiner les phénotypes ♂ d’une région donnée. Toutefois, dans la large bande où dominent les spécimens "intermédiaires" - classés le plus souvent, à mon avis à tort, sous Calopteryx virgo meridionalis -, l’absence d’examen du ventre thoracique des ♀ interdit selon moi de conclure. Cette approche permet néanmoins de distinguer des secteurs où le phénotype ♂ meridionalis est net, d’autres, devenus très rares, où subsiste le phénotype virgo, et enfin une vaste zone caractérisée par l’abondance de phénotypes "intermédiaires", aux ailes très largement envahies de bleu.
