La métamorphose d’Étain, comme une libellule… dans les mythes celtes
Dans le mythe The Wooing of Etain ou Tochmarc Étaíne, la saga raconte l’histoire d’Étain, une femme d’une beauté extraordinaire, aimée par Midir, un seigneur du peuple surnaturel des Tuatha Dé Danann. Celle-ci traverse plusieurs vies et transformations avant de retrouver sa forme humaine.
Il y eut un roi célèbre d’Irlande parmi les Tuatha Dé Danann ; son nom était Eochaid Ollathair, aussi appelé Dagda, car il accomplissait des merveilles et contrôlait le temps et les récoltes. Un jour Midir, un noble de Brí Léith, tomba amoureux d’Étaín, fille d’un roi d’Ulster. Mais la jalousie de la première épouse de Midir, Fuamnach, réveilla sa colère…
Nous sommes en présente d’un être surnaturel amoureux d’une mortelle qui va subir une série d’épreuves. Selon certaines interprétations modernes de la légende, la jalousie de Fuamnach conduit à ce qu’Étaín soit transformée par magie, d’abord en un corps d’eau, puis en un insecte (souvent interprété comme une libellule ou une mouche brillante). Elle est portée par le vent pendant de longues années avant de retomber sur Terre où elle est accidentellement avalée dans une coupe, puis renaît en tant qu’enfant humaine. Ici, les transformations proviennent de la sorcellerie de Fuamnach. Le récit tisse l’interaction entre le monde des dieux et celui des mortels.
Ce mythe semble d’une tradition orale fondé à l’Âge du Fer, avant le Ve siècle. Il est composé en vieil irlandais au cours des VIIIe et IXe siècles et la première copie qui nous reste date d’environ 1100. Des version complètes médiévales sont disponibles autour des XIIIe et XIVe siècles. La profondeur symbolique de ce mythe qui intègre la transmigration de l’âme et le passage entre les mondes sont très anciens. Il s’agit de motifs archaïques indo-européens.
En vieil irlandais : …agus dochair Fuamnach co fleisc cen ferchinn corcrai coh nderna & lind n-usci dí for lar in tighi, & do leic Midir in tech don usciu dorigni do Édain. / …et Fúamnach, dans sa colère, frappa Étáin avec son bâton écarlate au centre de la maison, et elle la transforma en une mare d’eau au milieu de la chambre ; et Midir quitta la maison vers l’eau en laquelle Étáin s’était changée. Ici Étain devient littéralement l’environnement, en l’occurrence la mare, elle sera transformée ensuite en mouche / papillon avant de devenir de nouveau humaine. La mouche-papillon évoque la libellule, ce qu’on retrouve par exemple dans le titre de l’ouvrage scientique d’Antoine Ferchault de Réaumur (1742) : Des mouches à quatre aisles nommées Demoiselles. Ce mythe accompagne une option de génération spontanée des insectes aquatiques depuis leur habitats. La mouche / papillon évoque par ce double qualificatif, la Demoiselle.


