Les Odonates dans la documentation pré-linnéenne

En préparation…

J’avais déjà rassemblé les planches et quelques premiers documents chronologiquement. Je reprend cette idée et me propose de compléter à mesure des mes découvertes et compléments.

Aucun auteur grec antique ne nomme explicitement un animal qui correspondrait aux Odonates. Ces Insectes sont toutefois observés, décrits morphologiquement, parfois métaphoriquement, mais jamais isolés comme catégorie zoologique particulière.

Aristote (384-322 BC)

  • En Grec. Ἱστορία ζῴων / Histoire des animaux vers 350 BC (livres IV et V, chapitre 6). ἔντομα πτερωτά / insectes ailés. Il donne des éléments de description compatibles avec les Odonates, notion renforcée par l’associations aux habitats et à la métamorphose imaginale. Il faut lire plusieiurs passages séparés dans le texte pour construire le fait qu’Aristote connaît les libellules et en parle.
  • τῶν ἐντόμων τὰ μὲν πτερωτά, τὰ δ᾽ ἄπτερα… : Parmi les insectes, certains sont ailés, d’autres sans ailes
  • ἔνια τῶν ἐντόμων περὶ τὰ ὕδατα γίγνεται / καὶ πτερωθέντα μεθίσταται ἐκ τοῦ ὕδατος : Certains insectes naissent dans l’eau et, une fois pourvus d’ailes, quittent l’eau.
  • τὰ δὲ πτερωτὰ τῶν ἐντόμων τὰ μὲν τετράπτερα… / Parmi les insectes ailés, certains ont quatre ailes…
  • Il ne donne aucun nom particulier, mais décrit des insectes, à quatre ailes, vivant près de l’eau, au vol rapide, sans dard à métamophose complète dans lesquels on reconnaît assez volontiers les Odonates.
  • Aristote désigne les « Insectes » par le corps segmenté (ἔντομα / découpés) et non par le nombre des pattes ou des ailes. Ceci est à l’origine de l’intégration dans le corpus des Insectes, d’Araignés, Scorpions et Crustacés… dans l’étude Entomologique globale, encore parfois aujourd’hui.
  • En conclusion : Aristote décrit correctement le cycle des Odonates, mais ne leur donne aucun nom.

Théophraste (ca. 371-287 BC)

En Grec. Cet auteur s’intéresse surtout aux Plantes et ne fait que mentionner l’existence d’insectes aquatiques, sans aucun nom spécifique.

Pline l’Ancien (23-79)

  • En Latin. Historia animalium (Livre XI sur les Insectes).
  • Pline l’Ancien ne donne aucun nom. Les Odonates se retrouvent parmi les insecta volantia, animalia ex aqua orta / ce sont des insectes volants, né depuis le milieu aquatique. Il mention des insectes rapides, proches de l’eau et aux ailes brillantes qui pourrait convenir aux Odonates, mais ne les nomme pas.

Oppien (IIe siècle)

En Grec. Bien que très descriptif, Oppien use de la poésie zoologique. Il ignore totalement les libellules.

Élien (ca. 175-235)

  • En Grec. Περὶ ζῴων ἰδιότητος / De natura animalium, IIᵉ–IIIᵉ siècles. Il est question de δράκων / δρακόντιον / dragons / draconiens. Élien n’est pas un naturaliste au sens scientifique. Il est compilateur, moraliste, amateur de récits qui viennent l’étonner.
  • μικροὶ δράκοντες : petits dragons
  • δράκων : dragons. Ce sont des serpents, dragons mythiques, animaux extraordinaires.
  • Chez Élien, il est question de petits dragons ailés, qui ont pu être considérés par les auteurs postérieurs comme des Odonates. Il n’y a aucune description, ni de notion de taille, on ne sait rien sur le nombre d’ailes, l’eau ou la métamorphose n’est pas évoquée. Certains auteurs plus récents envisage qu’il pourrait s’agir de Libellules, mais cette option est abusive. car il n’y a vraiment rien de précis, ni scientifique. Sa démarche est littéraire et ne raconte que les histoires, non les animaux qu’on pourrait attendre.
  • En conclusion, la description est très vague, n’a aucune valeur taxonomique, il n’y a pas de noms.

Solin (à préciser)

Ici aussi les éléments fournis sont vagues ou symboliques, il n’y a aucun nom spécifique.

Isidore de Seville (ca. 600)

  • En Latin. Etymologiae. Isidore de Séville classe les Insectes selon le milieu ou leur nuisance. Les Odonates n’y sont pas distingués et semblent tout aussi bien confondus avec les Moustiques ou les Éphémères.

Lexicographes byzantins (Hésychius, Suidas : Ve-Xe siècles)

En Grec. ζυγαίνη / ζύγαινα : Zygaena ou Zygène. Ce nom semble appliqué sans réelle description au Requin-marteau, éventuellement à des insectes avec des ailes étalées comme un joug, ce qui pourrait correspondre aux Odonates qui tiennent les ailes horizontales. Dans aucun cas le milieu aquatique n’est associé, il n’y a de description précise et moins encore de relation avec les larves ou la métamorphose imaginale.

Bestiaire médiéval

Ce bestiaire réparti dans divers manuscrits ou copies ne donne aucun nom. On trouve quelques illustrations assimilables aux Odonates, mais plus volontiers des insectes ailés, stylisés, symboliques et sans valeur naturaliste. En première approche il n’y aurait aucune illustration identifiable comme une libellule.

Guillaume Rondelet (1507-1566)

  • En Latin, origine lyonnaise. Rondelet (Rondeletius) est un médecin naturaliste qui s’est particulièrement intéressé aux animaux aquatiques, notamment les poissons. Il a une influence majeure sur Gesner et Aldrovando.
  • Libri de Piscibis marinis (1554-55). Il parle dans cet ouvrage d’animalcula ex aquis orta, alis instructa : petits animaux nés dans l’eau, pourvus d’ailes. Il ne les isole pas ici, et son cadre principal est dans cet ouvrage les poissons, marins et quelques parasites aquatiques. Il n’illustre pas d’Odonate et donne un schéma (texte ?) sur la naissance aquatique menant au vol [à vérifier]. Il les nomme Libella fluviatilis et les rapprochent par le même nom Libella, du Requin-marteau, nommé aussi Zigaena. Sa description (forme en T, trois pattes de chaque côté, queue à trois appendices verts) correspond aux nymphes de Zygoptères. Toutefois par une lecture récente, forces est de constater que Pierre de Belon l’avait précédé dans cette démarche et ce nom en 1551. Il conviendra en ce qui me concerne de tout revoir et approfondir la question.

Voir le Blog de Jean-Yves Cordier qui a traité ce sujet de manière plus approfondie

Conrad Gessner (1516-1565)

  • En Latin, origine Suisse. Historia animalium (1551-1558) : section insecta volantia.
  • Noms : Libella, Perla qui correspondraient à des noms populaires latinisés (à préciser). Ce sont de longs insectes avec 4 ailes transparentes et proches de l’eau. Il distingue de grandes et de petites sortes, ainsi que des colorations différentes. Quelques illustrations grossières sont ajoutées.

Ulysse Aldrovando (1522-1605 : [à vérifier])

  • En Latin, origine italienne. De animalibus insectis (1602) : manuscrit [?] [à vérifier].
  • Noms : Libella, Libellula [à vérifier !], parfois Perla. Ses descriptions sont détaillées : ailes horizontales, grands yeux, vol rapide et il distingue clairement de grande et de petites espèces (associés aux Demoiselles [?] [à vérifier]. Les illustrations, des planches coloriées (1-50), sont nombreuses et reconnaissables comme des Odonates et plusieurs espèces y sont reconnaissables. De manière implicite les Zygoptères sont distingués des Anisoptères, mais seulement en termes de description.

Joris Hoefnagel (1542-1601)

  • Flamand. Illustrations très réalistes et précises de différentes espèces d’Odonates parfaitement identifiables en particulier pour les Anisoptères. Animalia (Ignis, Terra, Aqua…) commencé vers 1575.

Thomas Muffet (1553-1604)

  • En Latin, origine anglaise. Insectorum sive minimorum animalium theatrum, rédigé en 1589-90, mais publié seulement (imprimé) en 1634. Une traduction anglaise a été faite ultérieurement [à préciser].
  • Nom : Libella. Muffet décrit le comportement, la reproduction et l’habitat des Odonates. Il en distingue diverses sortes et ses illustrations, des gravures imprimées, sont suffisamment précises pour permettre des attributions à des espèces particulières.

Jacob Hoenagel (1573-1632)

  • Flamand, fils de Joris Hoefnagel. Archetypa studiaque patris Goergii Hoefnagelii (1592, paru à Francfort.

John Ray (1627-1705)

  • Historia Insectorum (1682).
  • Noms : Libella, parfois Perla. Il apporte des détails sur la forme, la métamorphose et les habitats des Odonates. Il refuse les catégories purement symboliques. Des illustration héritées de Willughby sont présentées.
  • Le rôle de Ray est fondamental car il vient fixer le nom Libella comme groupe naturel, stabilisé avant Linné.

Francis Willughby (1635-1672)

  • En latin ou en anglais [à vérifier]. Historia Insectorum, dont le manuscrit est achevé vers 1670, mais ne sera publié par Ray en 1682.
  • Nom : Libella (latin). Il décrit des insectes allongés, à quatre ailes, rapides, fréquents près de l’eau. Il distingue en anglais [?] grandes libellae, petites libellae : termes exacts [à vérifier].

Jan Swammerdam (1637-1680)

  • En Latin, originale hollandaise. Biblia Naturae (publication posthume en 1737.
  • Nom : Libella. Il distingue de manière explicite les larves et les adultes et les associe par la métamorphose complète.
  • Il distingue plusieurs espèces et des stades larvaires différents.
  • Les illustration, des dessins anatomiques, sont très précises pour les larves, les ailes ou l’anatomie.
  • Conclusion : c’est un apport scientifique majeur à la connaissance des Odonates.

Francesco Redi (1626-1697)

  • En Latin, origine italienne. Redi étudie la génération des insectes et mentionne les libellules sans taxonomie précise. Il en confirme l’origine non spontanée.

René-Antoine Ferchault de Réaumur (1683-1757)

  • En Français, origine vendéenne (village de Réaumur). Mémoires pour servir à l’histoire des insectes.
  • Noms : Demoiselles, Libellules [à vérifier]. Il distingue de manière explicite de grandes et de petites demoiselles. Ses illustrations sont variées et précises. Selon les sources, il semblerait y avoir des versions coloriées.

August Johan Rösel von Rosenhof (1705-1759)

  • En Allemand vernaculaire [à vérifier]. Insecten-Belustingung.
  • Ses illustrations, des planches coloriées, sont parmi les plus belles et précises avant la période linnéenne. La distinction des espèces y est aisée et très précises, bien affirmable.

Linnaeus (1707-1778)

  • Linnaeus introduit le terme Libellula dès la première édition du Systema Naturae en 1735. Les descriptions antérieures n’ont pas de validité scientifique stricte, d’autant plus qu’elles correspondent parfois à des numéros ou ne sont pas binominales. Le Systema Naturae aura 9 éditions avant que la dixième soit fixée comme point de départ de la taxonomie scientifique officielle. Ainsi Linnaeus en 1758 n’invente pas les Libellules, qu’il désigne dans un unique genre, Libellula car il désigne un corpus déjà ancien. Il n’y a pas d’illustrations.