Histoire des Classifications des Odonates
Citation de la page ☞
[Deliry C. 2025] – Classification des Insectes du Monde (2020). – Odonates du Monde (odonates.net), consultée le 31 août 2025.
Aberlenc H.P. 2020 (coord.) – Les Insectes du Monde. Biodiversité. Classification. Clés de détermination des familles. 2 volumes. – Versailles, Montpellier & Plaissan, Quae & Museo : voir Odonata : Fleck & al. 2020.
Fleck, De Marmels & Theishchinger in Aberlenc (2020) proposent une Classification ajustée des Odonates du Monde qui est nouvelle vis à vis de la Classification officielle alors en place et celle finalisée en 2021 (Bybee & al. 2021, Paulson & al. [2021]). Cette Classification ajustée converge sur certains points avec la Classification phylogénétique proposée ici (Deliry [2025]).
Commentaires en rapports avec la Classification officielle (2021)
La Classification présentée dans l’ouvrage d’Aberlenc (2020) rend compte de trois sous-ordres comme la Classification officielle (Paulson & al. [2021]), toutefois les Anisozygoptera sont explicitement présentés et clairement argumentés comme incorrects (nomen dubium) et c’est le terme d’Epiophlebioptera qui est préféré selon Fleck, De Marmels & Theischinger in Aberlenc (2020).
Les Zygoptera présentent la même structure en quatre super-familles, mais ordonnées différemment : Calopterygoidea, Lestoidea, Platystictoidea et Coenagrionoidea. Avec neuf familles seulement chez Fleck & al. in Aberlenc (2020), la classification des Zygoptera est clairement épurée vis à vis de la Classification officielle (2021) qui en présente 28 dont plusieurs ont été validées et ajoutées ultérieurement à 2020, sur les bases de l’article de Bybee & al. (2021). Aucune des quatre super-famille, sauf les Platystictoidea monotypique (une seule famille, les Platystictidae) n’est organisée dans le détail avec les mêmes familles exactes. Leur nombre est réduit pour les Calopterygoidea, les Lestoidea est originale avec l’ajout des Chorismagrionidae. Quant aux Coenagrionoidea, le nombre de familles est supérieur (cinq contre trois pour la Classification officielle) : les Disparoneuridae sont extraits des Platycnemididae et les Protoneuridae, des Coenagrionidae.
Le clade des Epiproctophora comprend les sous-ordres des Epiophlebioptera (= Anisozygoptera) et des Anisoptera. Nous avons vu plus haut que les Anisozygoptera tels que nommés dans la Classification officielle (2021) sont démontrés comme étant un nom incorrect (nomen dubium) et c’est le sous-ordre des Epiophlebioptera qui doit être préféré selon Fleck & al. in Aberlenc (2020).
Les Anisoptera formant le troisième sous-ordre, sont structurés avec les quatre mêmes super-familles, placées dans l’ordre suivant : Gomphoidea, Aeshnoidea, Cordulegastroidea puis Libelluloidea, mais la Classification officielle divise les Aeshnoidea en Aeshnoidea et Petaluroidea comprenant les Petaluridae, rangé donc dans les Aeshnoidea par Fleck, De Marmels & Theischinger in Aberlenc (2020). Il y a identité pour les super-familles des Gomphoidea (monotypique : Gomphidae) et les Cordulegastroidea (trois familles). Par contre les Libelluloidea sont nuancés par Fleck, De Marmels & Theischinger in Aberlenc (2020), avec en supplément la famille des Oxygastridae et pas d’ensemble en situation incertaine (absolue), avec toutefois des ambiguïtés ou incertitudes marquées par des guillemets pour la famille des [« Corduliidae »].
Commentaires en rapports avec la Classification phylogénétique (2004-2025)
Un point fondamental vient rapprocher la classification donnée par Fleck & al. in Aberlenc (2020) de la Classification phylogénétique ([2025]). Il s’agit de la mise en évidence de l’organisation des Odonates en deux ensembles : Zygoptera et Epiproctophora, néanmoins si le premier est considéré comme une sous-ordre, le second est un clade supérieur comprenant alors deux sous-ordres qui sont les Epiophlebioptera et les Anisoptera et que je range comme des infra-ordres dans le sous-ordre des Epiproctophora. Il ne s’agit que d’un détail de niveau taxonomique. La Classification phylogénétique ([2025]) a réhabilité les Anisozygoptera en leur donnant un sens nouveau, sinon auparavant la solution était d’utiliser les Epiophlebioptera comme infra-ordre tout comme c’est le cas de ce travail (voir Deliry, 2022)1.
La situation des Zygoptera est sur certains points plus proche de la Classification officielle, avec par exemple le placement de la famille des Hemiphlebiidae dans la super-famille des Lestoidea alors que de la Classification phylogénétique ([2025]) utilise une super-famille spéciale, celle des Hemiphlebioidea pour cette famille. Les Platystictoidea sont identiques dans les trois classification. Les Calopterygoidea ont peu de familles chez Fleck & al. in Aberlenc (2020) alors quelles sont notoirement plus nombreuses dans le cas de la Classification phylogénétique ([2025]). Cette option fait suite à mes travaux anticipés des années 2010 (Deliry 2014, 2018). Rappelons que ces ensembles ont été argumentés à l’identique ou preque chez Bybee & al. (2021), donc confirmés dans la Classification officielle et ainsi été revalidés a posteriori. La super-famille des Coenagrionoidea au sens de Fleck & al. in Aberlenc (2020) est équivalente au micro-ordre des Coenagrionines que j’ai proposé en 2024. Quelques éléments convergent car Fleck & al. in Aberlenc (2020) extraient les Disparoneuridae des Platycnemididae et les Protoneuridae en regard des Coenagrionidae s.l. comme c’est le cas de la Classification phylogénétique (2025). Cette dernière va toutefois nettement plus loin dans l’organisation avec de nombreuses familles. Ce sont souvent d’anciennes sous-familles remontées au rang de famille, mais aussi de nouvelles familles forgées pour rendre compte de groupement mal distingués initialement (voir Deliry 2014, 2018). C’est le cas des Antiagrionidae, Ceriagrionidae et Austrocoenagrionidae.
J’ai déjà parlé plus haut des Anisozygoptera (nomen dubium), présentés avec le sous-ordre des Epiophlebioptera par Fleck & al. in Aberlenc (2020), que j’ai toutefois « légitimé » en donnant un nouveau sens sous Anisozygoptera (sensu novo) à ce taxonyme « populaire » dans la Communauté odonatologique (Deliry 2022).
La Classification phylogénétique ([2025]) divise les Anisoptera nettement plus en détail que celle présentée par Fleck & al. in Aberlenc (2020), qui, plus simple, est alors plus proche sur ce point de la Classification officielle (Paulson & al. [2021]). Toutefois des éléments s’accordent avec la prise en compte de la famille des Oxygastridae, chose faite depuis au moins 2014 dans mes travaux (voir Deliry 2014, 2018). De plus les prémisses du splitage de la grande famille des Libellulidae s.l. sont impliqués par la citation des sous-familles envisagées. Je les ai déjà en 2014, replacées au rang de famille (Deliry 2014, 2018) dans la Classification phylogénétique. Toutefois si on trouve des convergences, quelques différences restent à commenter au cas par cas.
Synthèses, perspectives et ouvertures (com., 2025)
J’ai longuement différé le bon traitement de cette Classification essentielle pour les Odonates dans la mesure où j’y avais vu des innovations la rapprochant de certains points de vues que j’avais déjà présentés dans le cadre de ma Classification phylogénétique ([2004-2025]). Une analyse « précise et appliquée » méritait d’être faite et je n’en avais pas trouvé le temps. Depuis son édition en 2020 (Fleck, De Marmels & Theischinger in Aberlenc 2020) deux éléments majeurs viennent agir sur la Classification des Odonates : l’article de Bybee & al. (2021) qui est intégralement accepté dans le cadre de la rénovation de la Classification officielle, mais dont l’essentiel est déjà identique, sinon conforme à mes travaux rassemblés antérieurement (Deliry 2014, 2018) et la « nécessaire » conservation de l’ensemble des Anisozygoptera sous la pression de la Communauté odonatologique et qui demandait en conséquence de donner un nouveau sens (sensu novo) à celui-ci, ce qui je me suis attaché à argumenter en novembre 2022 (Deliry 2022). J’entame donc le travail sur cette Classification de manière, certes bien différée le 6 janvier 2025.
Les points clés qui se dégagent de cette classification sont :
- L’ambiguïté suggérée de nombreuses familles qui sont marquées entre guillemets.
- Le dégagement de la famille des Chorismagrionidae, option que j’ai aussi appliquée, indépendamment en 2022.
- La distinction des Disparoneuridae extraits des Platycnemididae, option que j’ai appliquée indépendamment en 2021, lors du splitage des Platycnemididae s.l..
- La distinction des Protoneuridae à l’instar de ce que j’avais déjà fait dès les années 2010 (Deliry 2014, 2018).
- L’invalidation des Anisozygoptera (nomen dubium) compensée par les Epiophlebioptera, un ensemble que j’avais provisoirement préféré avant de réhabiliter, en raison de la popularité de ce nom au sein de la Communauté odonatologique, en novembre 2022, les Anisozygoptera en précisant un sens nouveau (sensu novo) (Deliry 2022).
- La mise en évidence de la famille des Oxygastridae à l’instar de ce que j’avais proposé dans les années 2010 (Deliry 2014, 2018), voire auparavant.
- Quelques nuances sont en germe avec la mise en exergue de la sous-famille des Pseudostigmatinae qui s’originalise parmi les Coenagrionidae s.l.. J’ai isolé ce taxon que j’avais déjà bien repéré, finalement comme une bonne famille en 2021. Les sous-familles des Libellulidae s.l. sont aussi mises en évidence avec quelques différences avec mes propositions de splitage fait dès les années 2010 (Deliry 2014, 2018). Enfin il s’agit de souligner la forte simplificité du nombre de familles rangées dans la super-famille des Calopterygoidea, ce qui dénote une absence de convergence avec mes travaux antérieurs (Deliry 2014, 2018) et une certaine mise en phase avec la Classification officielle de l’époque qui finalement n’a été révisée que l’année suivante en 2021 (Bybee & al. 2021, Paulson & al. [2021]). La mise en route d’une analyse améliorée de la sous-famille des Libellulidae s.l. avec quelques premières précisions autour d’ensemble toujours critiqués en 2025.
Références
- Bybee S.M. & al. 2021 – Phylogeny and classification of Odonata using targeted genomics. – Molecular Phylogenetics and Evolution, 18 février 2021.
- Deliry C. 2014 – Classification phylogénétique des Libellules. – Histoires Naturelles n°34.
- Deliry C. 2018 – Essai de classification phylogénétique des Odonates. – Histoires Naturelles n°56.
- Deliry C. 2022 – Anisozygoptera (sens.nov.) – Document extrait des Odonates du Monde (Histoires Naturelles), 17 novembre 2022.
- [Deliry C. 2025] – Classification phylogénétique progressive des Odonates (2004-2025). – Odonates du Monde (odonates.net), consultée le 6 janvier 2025.
- Nel A. & al. 1993 – Les « Anisozygoptera » fossiles, Phylogénie et classification (Odonata). – Martinia, hors-série n°3 : 311 pp.
- [Paulson D., Schorr M., Abbott J., Bota-Sierra C., Deliry C., Dijkstra K.D. & Lozano, F. (coord.) 2021] – World Odonata List. – Odonata Central, University of Alabama.
- Je démontre que la seule manière de conserver dans la taxonomie les Anisozygoptera disqualifiés notamment par Nel & al. (1993) et ce que confirment Fleck & al. in Aberlenc (2020), est de donner un nouveau sens à ce taxonomyme (Deliry 2022). ↩︎